☼ Alain Minc : Smith, Marx, Keynes, "prophètes du bonheur" [société/échanges]

Publié le par Maltern

Alain Minc : Economie : Smith, Marx, Keynes... racontés par Alain Minc

In « Les prophètes du bonheur. Une histoire personnelle de la pensée économique »

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[Alain Minc : énarque, major de la promotion Léon-Blum (1973-1975), inspecteur des Finances, homme d’influence écouté par les industriels, Alain Minc, 55 ans, est un agitateur d’idées patenté et un habitué des listes des meilleures ventes pour ses nombreux  essais. C’est simple, il y a pratiquement « un Minc » par an. On retiendra « La grande illusion », « La machine égalitaire », « L’ivresse démocratique »,« Le média choc », « Deux France », « La mondialisation heureuse », « Spinoza, un roman juif »... qui disent assez l’éclectisme et le brio de l’auteur.

De saint Thomas d’Aquin à Keynes, de Malthus à Hayek, de Smith à Rawls, dans son nouvel essai, « Les prophètes du bonheur » (qui sort chez Grasset le 30 mars), Alain Minc relate l’histoire de la science économique. En exclusivité, Le Point propose trois extraits, illustrant les idées forces de ces penseurs qui ont révolutionné le monde]

 

 

« ADAM SMITH : Disparu en 1790, Adam Smith demeure un homme du XVIIIe siècle : il a, en effet, connu la révolution américaine qui l’a fasciné mais a ignoré la Révolution française qui l’aurait, sans doute, terrifié. Une vie banale en définitive : oedipienne, sage, rangée, besogneuse. Un certain lustre intellectuel, mais sans comparaison avec le magistère d’un Voltaire et même d’un Turgot ou d’un Condorcet. Mais une postérité inattendue et exceptionnelle : Adam Smith, prophète du marché !

 

Le petit-bourgeois qu’est Smith ne respecte pas les puissances intellectuelles en place. Ainsi fait-il de « La richesse des nations » un manifeste de combat contre le mercantilisme. Celui-ci se résume à trois postulats : l’Etat est le principal acteur économique ; la richesse suppose l’abondance monétaire ; le progrès passe par l’augmentation des exportations et la limitation des importations. C’est une musique qui n’a pas disparu ; elle rime avec nationalisation, laxisme monétaire, dévaluation, ce triptyque de la pensée de gauche dont l’ombre portée s’étend jusqu’à aujourd’hui. Dites à MM. Emmanuelli, Chevènement et consorts qu’ils sont non socialistes, mais mercantilistes, et attendez leurs réactions de vierges effarouchées ! Adam Smith oppose à cette trinité la sienne : l’individu, et non l’Etat, est le principal acteur de l’économie ; la richesse est réelle et ne se confond pas avec une illusion monétaire ; l’échange international n’est qu’un échange parmi d’autres.

 

Autre posture de refus, moins catégorique, plus nuancée : la réfutation des thèses physiocrates. S’émanciper de Turgot et de Quesnay est facile : il suffit de ne pas voir dans la terre le seul facteur de production. C’est le travail qui doit occuper, à la place de la terre, la position cardinale : « le travail annuel d’une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ; et ces choses sont toujours ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées des autres nations avec ce produit ». Cette pétition de principe n’est pas anodine : remplacer la terre par le travail, c’est faire prévaloir le rôle de l’homme sur celui de la nature ; c’est préférer la dynamique de la société à l’immobilité séculaire ; c’est substituer le profit à la rente ; c’est admettre le mouvement aux dépens du statu quo.

 

Car pour Smith, « l’opulence naît de la division du travail », et pour illustrer ce principe, il emprunte à l’ « Encyclopédie » l’exemple de la manufacture d’épingles. C’est le taylorisme avant l’heure : émiettement des tâches, spécialisation, productivité. Le texte, véritable parabole de l’efficacité, mérite d’être cité tel quel. Inutile de lire des milliers de pages sur le mode d’organisation industrielle. Rien de plus définitif ne sera jamais écrit. « Un ouvrier tire le fil à la bobille (la bobine), un autre le dresse, un troisième coupe la dressée, un quatrième empointe, un cinquième est employé à émoudre le bout qui doit recevoir la tête. Cette tête est elle-même l’objet de deux ou trois opérations distinctes ; la frapper est une besogne particulière ; blanchir les épingles en est une autre, c’est même un métier distinct et séparé que de piquer les papiers et d’y bouter les épingles ; enfin l’important travail de faire une épingle est divisé en près de dix-huit opérations distinctes ou environ, lesquelles, dans certaines fabriques, sont remplies par autant de mains différentes, quoique dans d’autres le même ouvrier en remplisse deux ou trois. J’ai vu une petite fabrique de ce genre qui n’employait que dix ouvriers, et où, par conséquent, quelques-uns d’eux étaient chargés de deux ou trois opérations. Mais, quoique la fabrique fût fort pauvre, et par cette raison mal outillée, cependant quand ils se mettaient en train, ils venaient à bout de faire entre eux environ douze livres d’épingles par jour : or, chaque livre contient au-delà de quatre mille épingles de taille moyenne. Ainsi, ces dix ouvriers pouvaient faire entre eux plus de quarante-huit milliers d’épingles dans une journée. Donc chaque ouvrier faisant une dixième partie de ce produit peut être considéré comme faisant dans sa journée quatre mille huit cents épingles. Mais s’ils avaient tous travaillé à part et indépendamment les uns des autres, et s’ils n’avaient pas été façonnés à cette besogne particulière, chacun d’eux assurément n’eût pas fait vingt épingles, peut-être pas une seule dans sa journée, c’est-à-dire à coup sûr pas la deux cent quarantième partie et pas peut-être la quatre mille huit centième partie de ce qu’ils sont maintenant en état de faire, en conséquence d’une division et d’une combinaison convenables de leurs différentes opérations. » [...]

 

La division du travail est la condition sine qua non de la croissance. Mais quel est son fondement ? La rationalité des individus ? Le fruit d’une volonté collective ? Nenni : c’est le goût viscéral que les hommes ont pour l’échange et le profit ; c’est « le penchant qui porte les hommes à trafiquer, à faire du troc et des échanges d’une chose pour une autre ; c’est, en définitive, une passion qui détermine le fonctionnement de l’économie. Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage ».

 

Ce postulat permet à Smith d’être cohérent avec lui-même ; il fait le lien entre les deux pans de son oeuvre, la « Théorie des sentiments moraux » et « La richesse des nations » ; il mêle indistinctement une philosophie de l’individu et l’économie. C’est faire du marché, lieu des échanges, un état naturel de la société et non un état de culture, un système parmi d’autres ou un choix idéologique. Ce qui est une évidence aux yeux de Smith ne le sera ni pour Marx et ses successeurs, ni aujourd’hui encore pour les « alter-mondialistes » de tous acabits.

 

Le père fondateur de l’économie politique va même plus loin : il affirme que cet état de nature, le marché, correspond, de surcroît, à l’optimum collectif. Ce pourrait être un optimum par défaut : rien d’autre ne fonctionne. C’est au contraire une bénédiction : la « main invisible » règne, telle une Providence. C’est un concept qui lui tient à coeur depuis longtemps : il figure dans son « Histoire de l’astronomie », rédigée avant la « Théorie des sentiments moraux » et publiée à titre posthume. Ainsi écrit-il, à mille lieues de l’économie : « on ne redoutait jamais que la main invisible de Jupiter fût employée dans ces matières ». Les mots sacramentels sont là : « main invisible ». Smith n’imagine pas le destin de cette expression. Il la reprend dans la Théorie, de façon plus précise : « Ils sont conduits par une main invisible à accomplir presque la même distribution des nécessités de la vie que celle qui aurait lieu si la terre avait été divisée en portions égales entre tous ses habitants »... Dans « La richesse », le concept est omniprésent mais la musique des deux mots sacrés se fait rare. « Tout en ne cherchant que son intérêt personnel, I’homme travaille souvent d’une manière bien plus efficace pour l’intérêt de la société que s’il avait réellement pour but d’y travailler » : quelle meilleure définition imaginer de cette « main invisible » ?

 

Elle fait des entrepreneurs des bienfaiteurs malgré eux. [...]

 

KARL MARX : Le communisme a disparu, la philosophie marxiste rangée au magasin des accessoires, reste-t-il une place pour Marx économiste ? Oui, à l’évidence : dégagé de ses oripeaux, Marx est, de mon point de vue, le meilleur analyste de l’économie de marché, le théoricien le plus aigu du capitalisme, le visionnaire le plus puissant. Je ne suis pas le seul à ressentir cette vérité paradoxale. Le New Yorker consacrait en 1997 un numéro spécial à « Karl Marx, le prochain grand penseur ». On pouvait y lire les propos d’un grand investisseur : « plus je passe de temps à Wall Street, plus je pense que Marx avait raison ». Peu suspect de sympathie pour le collectivisme, The Economist publiait, le 19 décembre 2002, un long article sur « Marx après le communisme » dont le thème était : si Marx a eu tort sur ce qui lui importait le plus - la fin du capitalisme, la lutte des classes, l’avènement du paradis socialiste -, il avait été le premier à « envisager la puissance productive du capitalisme, l’avènement des monopoles, l’importance des cycles économiques ». Ce n’est pas un hasard si ces points de vue originaux naissent dans l’univers anglo-saxon et non en France : les observateurs anglais ou américains examinent « Le capital » à la lumière du fonctionnement capitaliste ; les analystes français en sont réduits à peser au trébuchet l’influence résiduelle du marxisme sur les divers courants du Parti socialiste... Pour qui est fasciné par le fonctionnement du capitalisme, par sa puissance créatrice et par ses immenses excès, Marx demeure le plus grand. C’est lui qui a le mieux compris la force démiurgique du système. Existe-t-il, de ce point de vue, un texte plus puissant que le « Manifeste communiste » ?

 

« La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques... La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c’est-à-dire l’ensemble des rapports sociaux... Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l’époque bourgeoise de toutes les précédentes... Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s’implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations. Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l’industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l’adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n’emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l’ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l’est pas moins des productions de l’esprit. Les oeuvres intellectuelles d’une nation deviennent la propriété commune de toutes. L’étroitesse et l’exclusivisme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles et de la multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle. Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu’aux nations les plus barbares... En un mot, elle se façonne un monde à son image... La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des faces productives plus nombreuses et plus colossales que l’avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines, l’application de la chimie à l’industrie et à l’agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électriques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol : quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social ? »

 

Le texte de combat le plus célèbre contre le capitalisme est aussi celui qui lui rend le plus vibrant hommage. Oserait-on chanter aujourd’hui avec un tel lyrisme son épopée ? Pourrait-on décrire, avec une telle charge émotive, la marche triomphante de la mondialisation ? Affirmerait-on, avec autant de liberté, le caractère révolutionnaire du marché ? [...] Que pèsent, à côté de ces mots de feu, les préceptes « cotonneux » d’un Hayek ou d’un Friedman ? Parce qu’il est lui-même Prométhée, Marx a compris, plus que quiconque, la nature prométhéenne du capitalisme, sa dynamique et sa flexibilité.

 

Mais il a sous-estimé sa puissance d’adaptation et sa capacité de renouvellement. Son analyse du taux de profit fait en effet abstraction de la productivité du capital, au nom du postulat selon lequel il s’agit d’un « capital constant ». L’enchaînement fatal - plus-value générée exclusivement par le capital variable ; accroissement du capital constant ; donc baisse du taux de profit - ne se produit plus dès lors que le capital constant fabrique lui aussi de la valeur. Il s’est refusé à accepter l’idée qu’à côté d’un facteur travail productif, il puisse exister un facteur capital lui aussi productif, et que la productivité globale résulte de l’agrégation des deux phénomènes. La course à la productivité n’est donc pas une fuite illusoire que mène le capitalisme pour échapper à une mort programmée ; c’est au contraire un combat pour la vie. La démarche marxiste - l’irrésistible ascension du capitalisme suivie de son inévitable effondrement - exige une « cheville » afin que ces deux états se succèdent : c’est la baisse tendancielle du taux de profit. Celle-ci effacée, la deuxième étape - le déclin du capitalisme - disparaît ipso facto et il reste du « Capital » la description de la vague ascendante de l’économie de marché : personne n’aura été, de ce point de vue, aussi lyrique et aussi prospectif que Marx. [...]

 

JOHN MAYNARD KEYNES : Quel est, en effet, le vade-mecum keynésien de l’homme politique ou du militant de base ? La relance ; la relance encore ; la relance toujours. Dans la version gauchisante, c’est la hausse des salaires, et en particulier des bas salaires, qui en constitue le moteur. Dans la version nationaliste, la priorité va à l’investissement, donc aux dépenses publiques d’infrastructures et de recherche, assorties de baisses massives des taux d’intérêt. Dans la version libérale - il en existe une - la baisse des impôts constitue le nec plus ultra. Toutes partagent une même indifférence au niveau des déficits publics et des parités de change. Mais de ces trois approches, toutes keynésiennes d’esprit, seule la première se réclame du père fondateur ; les deux autres, nationaliste et libérale, font tout pour faire oublier une telle filiation. Cette dérobade est, pour elles, une manière de prendre acte du fait que Keynes appartient désormais au patrimoine de la gauche.

 

L’auteur de « La théorie générale » n’a fait, de son vivant, aucun clin d’oeil à la gauche et à l’extrême gauche, afin de prendre place aux côtés des autres grands ancêtres. Ce grand bourgeois ne détestait rien davantage que le communisme et toutes les formes de populisme, écrivant en 1931 : « Comment puis-je accepter cette doctrine - le communisme -, qui exalte comme une bible, au-dessus de toute critique, un manuel démodé, dont je sais qu’il est non seulement scientifiquement erroné, mais encore inintéressant et inapplicable dans le monde moderne ? Comment puis-je adopter une doctrine qui, préférant la vase au poisson, exalte le prolétariat crasseux au détriment de la bourgeoisie et de l’intelligentsia qui, en dépit de tous leurs défauts, sont la quintessence de l’humanité et sont certainement à l’origine de toute oeuvre humaine ? »

 

Aucun membre du Comité des Forges n’aurait parlé sur ce ton-là, à la même époque, de « prolétariat crasseux » ; aucun militant de droite n’aurait osé faire de la bourgeoisie, la « quintessence de l’humanité ». [...] Comment un tel tête-à-queue a-t-il été possible, faisant d’un conservateur éclairé l’incarnation du progressisme ? La trace intellectuelle de Keynes croise le sillage de la gauche, souvent de manière non délibérée. La conviction qu’il est possible d’agir sur le monde et d’en améliorer le fonctionnement : l’habitué de Bloomsbury est, de ce point de vue, un progressiste. La mission conférée à l’Etat d’être un agent modernisateur et le grand horloger de l’économie : « La théorie générale » s’inscrit de la sorte au coeur de la culture de gauche. Le culte du plein-emploi : l’obsession du grand bourgeois rejoint les préoccupations les plus naturelles du monde syndical. La légitimité quasi scientifique apportée à de vieilles revendications de gauche : la propension à épargner constitue le meilleur argument en faveur des bas salaires. Avec, par surcroît, quelques méfiances partagées : vis-à-vis des rentiers ravalés au rang d’improductifs ; vis-à-vis des conservateurs orthodoxes ; vis-à-vis des tenants les plus bornés de l’ordre.

 

D’où le miracle dont a bénéficié Keynes, lorsque toutes les politiques de progrès ont été mises à son crédit, si éloignées fussent-elles de ses propres préoccupations. Le New Deal ? L’illustration du keynésianisme en marche, alors que l’incapacité de la politique de Roosevelt de rétablir le plein-emploi avant la guerre aurait pu servir, à l’inverse, de parfait contre-exemple. L’économie de guerre administrée ? La justification des thèses planificatrices qui émergent de-ci de-là dans « La théorie générale ». Les politiques sociales de l’après-guerre ? Beveridge se place, dans son rapport fondateur, sous l’ombrelle protectrice de Keynes, alors que celui-ci ne s’est jamais intéressé à la sécurité sociale, comme il a pu le faire pour les investissements publics. La croissance des Trente Glorieuses ? La vulgate la porte au crédit du keynésianisme, alors que le plein-emploi résulte davantage du caractère cyclique de l’économie, de l’élargissement des marchés, du rattrapage productiviste de l’après-guerre et donc d’une addition de libre-échange et de « fordisme ».

 

Ainsi s’est peu à peu établie une « pensée unique » dont la gauche et ses alliés traditionnels, intellectuels et scientifiques, ont constitué les meilleurs militants : ce qui allait bien dans la sphère économique était à mettre à l’actif du keynésianisme ; ce qui dérapait à un usage insuffisant de la pharmacopée du bon docteur Keynes ». [...]

 

[D’Alain Minc : Extraits de « Les prophètes du bonheur. Une histoire personnelle de la pensée économique », (Grasset], 362 pages, 19 euro).

Le point 25/03/04 - N°1645

 

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