Diderot : notre entendement reconnait un Beau objectif

Publié le par Maltern

Diderot 
 
L’entendement reconnaît l’idée d’un Beau objectif hors de nous
 

[La Beauté n’étant pas une qualité spécifique propre à une classe d’êtres, elle renvoie donc à une qualité commune aux êtres les plus divers. Elle est donc un signe qui renvoie à l’idée de « rapports ». L’idée ancienne de proportions harmonieuses ou discordantes entre les parties et la totalité est reprise dan ce texte par Diderot. ]

 
 
 

 « Beau est un terme que nous appliquons à une infinité d'êtres; mais quelque différence qu'il y ait entre ces êtres, il faut ou que nous fassions une fausse application du terme beau, ou qu'il y ait dans tous ces êtres une qualité dont le terme beau soit le signe.

 

Cette qualité ne peut être du nombre de celles qui constituent leur différence spécifique; car ou il n'y aurait qu'un seul être beau, ou tout au plus qu'une seule belle espèce d'êtres.

 

Mais entre les qualités communes à tous les êtres que nous appelons beaux, laquelle choisirons-nous pour la chose dont le terme beau est le signe ? Laquelle ? il est évident, ce me semble, que ce ne peut être que celle dont la présence les rend tous beaux; dont la fréquence ou la rareté, si elle est susceptible de fréquence et de rareté, les rend plus ou moins beaux; dont l'absence les fait cesser d'être beaux; qui ne peut changer de nature sans faire changer le beau d'espèce, et dont la qualité contraire rendrait les plus beaux désagréables et laids; celle en un mot par qui la beauté commence, augmente, varie à l'infini, décline et disparaît. Or, il n'y a que la notion de rapports capable de ces effets.

 

J'appelle donc beau hors de moi, tout ce qui contient en soi de quoi réveiller dans mon entendement l'idée de rapports; et beau par rapport à moi, tout ce qui réveille cette idée. »

 
 
 

[Diderot, Traité du Beau, 1750, Pleiade pp.1095

Publié dans 10 - L'art

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article