Aristote [12] L’homme, animal « par nature » politique, ne se réalise qu’en société. [Les politiques]

Publié le par Maltern

Aristote [12]  L’homme, animal « par nature » politique, ne se réalise qu’en société. [Les politiques]

 

 

 

[Pour de nombreux philosophes de l’Antiquité, nul ne doit vivre en dehors de l’Etat. Platon explique ainsi que le philosophe a sa place dans la Cité et Aristote rappelle que celui qui est hors de celle‑ci est contre nature. Dès lors, le droit, malgré son imperfection, vient réaliser l’ordre naturel de l’homme qui est d’être un membre de l’ Etat. Pour ce faire il dispose de l’usage de la raison et de la parole.]

 

 

 

« L’homme est par nature un animal politique. Et celui qui est sans cité, naturelle­ment et non par suite des circonstances, est ou un être dégradé ou au‑dessus de l’humanité. Il est comparable à l’homme traité ignominieusement[i] par Homère de : « Sans famille, sans loi, sans foyer », car, en même temps que naturellement apatride, il est aussi un brandon de discorde[ii], et on peut le comparer à une pièce isolée au jeu de trictrac.

 

Mais que l’homme soit un animal politique à un plus haut degré qu’une abeille quelconque ou tout autre animal vivant à l’état grégaire[iii], cela est évident. La nature, en effet, selon nous, ne fait rien en vain[iv]; et l’homme, seul de tous les animaux, possède la parole[v]. Or, tandis que la voix ne sert qu’à indiquer la joie et la peine, et appartient pour ce motif aux autres animaux également [car leur nature va jusqu’à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres], le discours sert à exprimer l’utile et le nuisible, et, par suite aussi, le juste et l’injuste [vi] : car c’est le caractère propre de l’homme par rapport aux autres animaux, d’être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l’injuste, et des autres notions morales, et c’est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité.

 

[…] Mais l’homme qui est dans l’incapacité d’être membre d’une communauté, ou qui n’en éprouve nullement le besoin parce qu’il se suffit à lui‑même, ne fait en rien partie d’une cité, et par conséquent il est ou une bête ou un dieu.

 

[…] Car de même qu’un homme, quand il est accompli, est le plus excellent des animaux, de même celui qui a rompu avec la loi et la justice, est le pire de tous. La plus terrible des injustices est celle qui est armée. Or la nature a donné à l’homme des armes qui doivent servir à la prudence et à la vertu, mais qui peuvent être employées aussi à des fins[vii] exactement contraires. C’est pourquoi l’homme est le plus impie[viii] et le plus féroce des animaux quand il est sans vertu, et le pire dans ses dérèglements sexuels et gloutons. Mais la vertu de justice est de l’essence [ix] de la société civile, car l’adminis­tration de la justice introduit un ordre dans communauté politique, elle démarque le juste de l’injuste. »

 

 

 

[Aristote, Les Politiques,330 av. J.-C. [Livre I, Chap. 2,1253a-sq d’après Éd. Vrin, trad. Tricot, 1982]

 

 

 


[i] Comme si c’était un homme « dénaturé ».

 

[ii] Une cause de conflit.

 

[iii] Vivant en groupe

 

[iv] Formule célèbre du « finalisme ».Chaque être a une place et une fonction à remplir au sein de la Nature sous peine d’être contre-nature.

 

[v] <logos> parole mais aussi raison : c’est la parole emprunte de raison.

 

[vi] Le discours dit le Droit.

 

[vii] Des buts, des objectifs.

 

[viii] Irrespectueuse de l’ordre naturel.

 

[ix] Est propre à


Publié dans 21- LA POLITIQUE

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