Aristote [28] Liberté en démocratie : commander et obéir à tous. [Les politiques]

Publié le par Maltern

Aristote [28]  Liberté en démocratie : commander et obéir à tous. [Les politiques]

 

 

 

« Le principe de base de la constitution démocratique c’est la liberté [c’est, en effet, ce qu’on a coutume de dire, parce que c’est seulement dans une telle constitution que les citoyens ont la liberté en partage; c’est à cela, en effet, que tend, dit‑on, toute démocratie], et l’une des formes de la liberté c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant. En effet, le juste, selon la conception démocratique, c’est que chacun ait une part égale numérique­ment et non selon son mérite, et avec une telle conception du juste il est nécessaire que la masse soit souveraine, et ce qui semble bon à la majorité sera quelque chose d’indépassable, et c’est cela qui sera le juste, car ils disent qu’il faut que chaque citoyen ait une part égale. De sorte que dans les démocraties il se trouve que les gens modestes ont la souveraineté sur les gens aisés ; il sont en effet plus nombreux, et c’est l’opinion de la majorité qui est souveraine.[...] Ces bases étant posées, c’est‑à-­dire le principe de la démocratie étant celui qu’on vient de dire, voici les traits carac­téristiques du régime populaire : choix de tous les magistrats parmi tous les citoyens; gouvernement de chacun par tous et de tous par chacun à tour de rôle ; tirage au sort des magistratures, soit de toutes, soit de toutes celles qui ne demandent ni expérience ni savoir; magistratures ne dépendant d’aucun cens ou d’un cens très petit ; impossibilité pour un même citoyen d’exercer, en dehors des fonctions mili­taires, deux fois la même magistrature, ou seulement un petit nombre de fois et pour un petit nombre de magistratures ; courte durée des magistratures, soit toutes, soit toutes celles pour lesquelles c’est possible; fonctions judiciaires ouvertes à tous, tous jugeant de tout, ou des causes les plus nombreuses, les plus importantes et les plus décisives, par exemple la vérification des comptes, les affaires politiques, les contrats privés; souveraineté de l’assemblée dans tous les domaines, aucune magistrature ne l’emportant en aucun domaine, ou seulement en très peu de domaines, ou souverai­neté de l’assemblée sur les affaires les plus importantes.[...] Telles sont donc les caractéristiques communes aux démocraties. »

 

[Aristote, Les Politiques, [350‑322 av. J.‑C], livre VI, chap. 2. Garnier‑Flammarion,1993, pp. 417‑120.]

Publié dans 25 - L'Etat - L ES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article