Cicéron [04] : L’ordre juridique est fondé sur l’ordre divin par l’intermédiaire de la raison : une vision pré-chrétienne du droit. [Des lois, I, 7]

Publié le par Maltern

Cicéron [04] : L’ordre juridique est fondé sur l’ordre divin par l’intermédiaire de la raison : une vision pré-chrétienne du droit. [Des lois, I, 7]

  

 

 

« Cet animal prévoyant, judicieux, complexe, pénétrant, doué de mémoire, capable de raisonner et de réfléchir, auquel nous donnons le nom d’homme, a été engendré par un Dieu suprême qui l’a richement doté. Seul parmi tous les vivants et entre toutes les natures animales, il raisonne et il pense, cela est refusé aux autres. Or qu’y a­t-il, je ne dis pas dans l’homme, mais dans tout le ciel et sur la terre, de plus divin que la raison, qui arrivée à maturité et à sa perfection est justement appelée sagesse ? Puis donc qu’il n’y a rien de meilleur que la raison et qu’elle se trouve dans l’homme et en Dieu, elle crée entre Dieu et l’homme une première société. Si la raison leur appartient à l’un et à l’autre, la droite raison leur est aussi commune. Or la droite raison, c’est la loi et par la loi aussi nous devons nous croire, nous autres hommes, liés aux dieux. Où il y a communauté de loi il y a aussi un droit commun, et ceux entre qui existe cette communauté doivent être regardés comme étant de la même cité ; encore bien davantage s’ils obéissent aux mêmes commandements, aux mêmes pouvoirs. Or ils obéissent à l’ordre qui règne dans les cieux, au principe divin qui anime le monde, au Dieu tout puissant ; de sorte qu’on peut regarder cet univers comme la patrie commune des dieux et des hommes. Mais dans nos cités il y a, pour une raison que nous expliquerons en son lieu, des distinctions fondées sur l’origine et la parenté, tandis que dans la nature c’est bien plus beau, bien plus magnifique : les hommes sont unis aux dieux par des liens de famille et de parenté ».

 




Cicéron [06] Le sens du juste et de l’injuste de la beauté et laideur morales est fondée en nature.

 

 

« Non seulement le droit et l’injustice sont l’objet d’une discrimination fondée sur la nature, mais en général toutes les choses moralement belles et laides. Car une intelligence commune fait que ces choses nous sont connues et a commencé à en dessiner l’ébauche dans nos intellects, de telle sorte que les choses moralement belles fusent rangées dans la vertu et les laides dans les vices.

 

Or estimer qu’elles sont fondées sur la convention et non sur la nature est pure folie. Car ni la vertu d’un arbre ni la vertu d’un cheval, comme on dit, en parlant abusivement, ne reposent sur la convention, mais sur la nature. Donc s’il en est bien ainsi, les choses moralement belles et laides doivent être l’objet d’une discrimination fondée sur la nature. Car si la totalité de la vertu était fondée sur la convention, ses parties le seraient aussi. Qui donc jugera que quelqu’un est prudent et, pour ainsi dire, perspicace, non à partir de la disposition de celui-ci, mais à partir de quelque chose d’extérieur ? En effet la vertu est la raison accomplie, donc elle est fondée sur la nature. Donc il en va de même de toute qualité morale. »

 

 

Cicéron, Des lois, I, XVI, 44

 

 

Publié dans 24 - Justice et Droit

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