LEIBNIZ GOTTFRIED WILHELM 1646-1716 [03] La théorie des « petites perceptions » insensibles : l’inconscient posé comme une exigence de la raison. Hypothèse métaphysique. (N.E)

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LEIBNIZ GOTTFRIED WILHELM 1646-1716   [03]  La théorie des « petites perceptions » insensibles : l’inconscient posé comme une exigence de la raison. Hypothèse métaphysique. (N.E)

 

 

« Dailleurs il y a mille marques qui font juger quil y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion, cest-à-dire des changements dans lâme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre ou trop unies, en sorte quelles nont rien dassez dis­tinguant à part, mais jointes à dautres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans lassemblage. Cest ainsi que laccoutumance fait que nous ne prenons pas garde au mouve­ment dun moulin ou à une chute deau, quand nous avons habité tout auprès depuis quelque temps. Ce nest pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et quil ne se passe encore quelque chose dans lâme qui y réponde, […] mais ces impressions qui sont dans lâme et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour sattirer notre attention et notre mémoire, attachées à des objets plus occupants. […] Ainsi cétaient des perceptions dont nous ne nous étions pas aperçus incontinent, laperception ne venant dans ce cas que de lavertissement après quelque intervalle, tout petit quil soit. Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, jai coutume de me servir de lexemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme lon fait, il faut bien quon entende les parties qui composent ce tout, cest-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans lassemblage confus de tous les autres ensemble, cest­-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. Car il faut quon en soit affecté un peu par le mouvement de cette vague et quon ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelque petits quils soient ; autrement on naurait pas celle de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose.»

 

[G. W. Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain, 1703-1704, GF, 1998, p 38]

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