HUME DAVID 1711-1776 [02] Dire « Le soleil ne se lèvera pas demain » n’est pas contradictoire. Vérités démontrables et vérités de fait.

Publié le par Maltern

HUME DAVID 1711-1776 [02] Dire  « Le soleil ne se lèvera pas demain » n’est pas contradictoire. Vérités démontrables et vérités de fait.

[Sans doute une réponse à Descartes, pour qui la vérité se dit au singulier : ce qui est évident, Hume opère ici une distinction entre deux types de vérités. Il y a les vérités démontrables, indépendantes de l’expérience et dont la négation implique contradiction, vérités de fait, dont la négation n’implique pas contradiction.]
 

 

 

« Tous les objets sur lesquels s’exerce la raison humaine ou qui sollicitent nos recherches se répartissent naturellement en deux genres : les relations d’idées et les choses de fait. Au premier genre appartiennent les proposi­tions de la géométrie, de l’algèbre et de l’arithmétique, et, en un mot, toutes les affirmations qui sont intuitivement ou démonstrativement

 

certaines. Cette proposition : le carré de l’hypoténuse est égal â la somme des carrés des deux autres côtés, exprime une relation entre ces éléments géomé­triques. Cette autre : trois fois cinq égalent la moitié de trente, exprime une relation entre ces nombres. On peut découvrir les propositions de ce genre par la simple activité de la pensée et sans tenir compte de ce qui peut exister dans l’univers. N’y eût-il jamais eu dans la nature de cercle ou de triangle, les propositions démontrées par Euclide n’en gar­deraient pas moins pour toujours leur certitude et leur évidence.

 

Les choses de fait, qui constituent la seconde classe d’objets sur lesquels s’exerce la raison humaine, ne donnent point lieu au même genre de certi­tude; et quelque évidente que soit pour nous leur vérité, cette évidence n’est pas de même nature que la précédente. Le contraire d’une chose de fait ne laisse point d’être possible, puisqu’il ne peut impliquer contradic­tion, et qu’il est conçu par l’esprit avec la même facilité et la même distinc­tion que s’il était aussi conforme qu’il se pût à la réalité. Une proposition comme celle-ci : le soleil ne se lèvera pas demain, n’est pas moins intelligible et n’implique pas davantage contradiction que cette autre affirmation : il se lèvera. C’est donc en vain que nous tenterions d’en démontrer la fausseté. Si elle était fausse démonstrativement, elle impliquerait contradiction, et jamais l’esprit ne pourrait la concevoir distinctement. »

 

 [David Hume, Enquête sur l’entendement humain, [1748], section IV, partie I, Nathan, « Les Intégrales de philo », 1982, pp. 50-51.]

 

 

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