Rousseau [06] « L’instant heureux » où l’homme s’arrache à la nature substitue la justice à l’instinct, la réflexion aux penchants. Liberté naturelle : esclavage / liberté civile : lib

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 Rousseau [06] « L’instant heureux » où l’homme s’arrache à la nature substitue la justice à l’instinct, la réflexion aux penchants. Liberté naturelle : esclavage / liberté civile : libération (C.S. L I Ch 8)

 

 « Ce passage de l’état de nature à l’état civil produit dans l’homme un changement très remar­quable, en substituant dans sa conduite la justice à l’instinct et en donnant à ses actions la moralité qui leur manquait auparavant. C’est alors seule­ment que, la voix du devoir succédant à l’impul­sion physique et le droit à l’appétit, l’homme, qui, jusque‑là, n’avait regardé que lui‑même, se voit forcé d’agir sur d’autres principes et de consulter sa raison avant d’écouter ses penchants. Quoiqu’il se prive dans cet état de plusieurs avantages qu’il tient de la nature, il en regagne de si grands, ses facultés s’exercent et se développent, ses idées s’étendent, ses sentiments s’ennoblissent, son âme tout entière s’élève à tel point que, si les abus de cette nouvelle condition ne le dégradaient souvent au‑dessous de celle dont il est sorti, il devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme.

 

Réduisons toute cette balance à des termes faciles à comparer. Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre; ce qu’il gagne, c’est la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède. Pour ne pas se tromper dans ces compensations, il faut bien distinguer la liberté naturelle qui n’a pour bornes que les forces de l’individu, de la liberté civile qui est limitée par la volonté générale, et la possession qui n’est que l’effet de la force ou le droit du premier occupant, de la propriété qui ne peut être fondée que sur un titre positif.

 

On pourrait sur ce qui précède ajouter à l’acquis de l’état civil la liberté morale, qui seule rend l’homme vraiment maître de lui; car l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. »

 

[Du contrat social,1762, livre I, chapitre VIII : « De l’état civil »]

 

 

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