Kant [16] De la faculté de prévoir : (Anthropo.)

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Kant [16] De la faculté de prévoir : <praevisio> (Anthropo.)

 

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« Il y a plus d’intérêt à posséder cette faculté que toute autre, puisqu’elle est la condition de toute pratique possible et des dessins auxquels l’homme applique l’usage de ses forces. Tout désir comporte une prévision, douteuse ou certaine, de ce que ces forces permettent. On ne tourne les yeux vers le passé (souvenir) que pour rendre possible la prévision du futur. En général si nous regardons autour de nous, c’est du point de vue du présent, pour nous décider ou nous préparer à quelque chose.

 

La prévision empirique est l’attente de cas similaires, et ne requiert pas une connaissance rationnelle des causes et des effets, mais seulement le souvenir des faits observés et de la manière dont ils ont coutume de se succéder ; ce sont les expériences répétées qui font naître l’habileté ; le régime des vents et des climats intéresse beaucoup le marin et le laboureur. Mais une telle prévision n’atteint rien de plus que ce qu’on appelle le calendrier des paysans ; on en vante les prédictions si elles se réalisent en partie ; on les oublie si elles ne se réalisent pas ; ainsi conservent-elles un certain crédit. Il serait à croire que la providence a voulu brouiller inexorablement le jeu des températures pour que les hommes, mal au courant des précautions à prendre chaque saison, soient obligés d’avoir recours à l’entendement pour être prêts à toutes éventualités.

 

Vivre au jour le jour (sans prévoir ni se préoccuper) ne fait pas grand honneur à l’entendement humain ; c’est le cas du Caraïbe qui le matin vend son hamac et le soir se désole de ne savoir où dormir pendant la nuit. »

 

 [Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique, Vrin, p.60]

 

 

 

 

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