KANT [44] Au-delà des Etats-Nation, une fédération de Républiques : vers une société des nations. (PP)

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KANT [44] Au-delà des Etats-Nation, une fédération de Républiques : vers une société des nations. (PP)

 

[Entre les états, c’est la loi du plus fort : ils sont les uns par rapport aux autres dans une sorte d’état de nature, une liberté sans loi. Kant propose de constituer une fédération de républiques à défaut de pouvoir instituer un Etat de tous les états. Seule issue pour tendre à une justice universelle et une paix perpétuelle.]

 

 

 

« En tant qu’États les peuples peuvent être considérés comme des indi­vidus qui, dans l’état de nature (c’est-à-dire dans leur indépendance à l’égard de lois extérieures), se portent déjà préjudice par le simple fait de leur voisinage. Chacun d’entre eux, en vue de sa sécurité, peut et doit donc exiger de l’autre d’entrer avec lui dans une constitution semblable à la constitution civile [1], à l’intérieur de laquelle chacun peut voir ses droits garantis. Il s’agirait alors d’une fédération de peuples qui n’aurait pas pour autant à être un État fédératif[2]. Or, cela renfermerait une contradiction. En effet, tout État contient le rapport d’un supérieur (législateur) à un inférieur (qui obéit, à savoir le peuple), alors que de nombreux peuples regroupés au sein d’un État n’en formeraient qu’un seul. Cela contredit la présupposi­tion, étant donné que nous devons ici considérer les droits mutuels des peuples qui forment autant d’États distincts, sans avoir à fusionner pour ne former qu’un seul État.

 

Nous considérons avec un profond mépris l’attachement des sauvages à leur liberté sans lois, eux qui préfèrent se quereller sans cesse, plutôt que de se soumettre à une contrainte légale qu’ils devraient instaurer eux­-mêmes, et préfèrent donc la liberté folle à la liberté raisonnable; nous y voyons de la brutalité, de la grossièreté et une dégradation bestiale de l’hu­manité. [3] On s’imaginerait dès lors que des peuples policés (constitués chacun en un État) s’empresseraient de sortir le plus vite possible d’une situation aussi abjecte. Mais au lieu de cela[4] chaque État place justement sa majesté (car l’expression de majesté du peuple ne rime à rien) dans le fait de n’être soumis à aucune espèce de contrainte juridique extérieure, et la gloire de son souverain consiste en ceci que des milliers sont à ses ordres, afin de se sacrifier pour une cause qui ne les concerne en rien. »

 

 

 

[Kant, Vers la paix perpétuelle, 1795, Classiques de la Philosophie, 2001, p 25-26]

 


 

[1] Celle que les individus passent entre eux dans une même nation pour obtenir la paix et la sécurité.

 

[2] Les peuples peuvent s’associer, sans créer un seul et même État, « un État civil de tous les États ».

 

[3] Un bel exemple du présupposé, - ethnocentrisme, - selon lequel les « sauvages » n’ont aucune organisation sociale et vivent en conflit permanent.

 

[4] Le droit international, qui donne naissance à une « société des nations » sert à réduire les risques d’une dynamique de la guerre.


Publié dans 25 - L'Etat - L ES

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