HEGEL GEORG WILHELM FRIEDRICH 1770-1831 [32] La conscience de soi pratique : se reconnaître dans ses œuvres et ses actions. L’enfant qui lance des cailloux dans l’eau.

Publié le par M

HEGEL GEORG WILHELM FRIEDRICH 1770-1831 [32] La conscience de soi pratique : se reconnaître dans ses œuvres et ses actions. L’enfant qui lance des cailloux dans l’eau.

 

« Cette conscience de lui-même, l’homme l’acquiert de deux manières : théoriquement, en prenant conscience de ce qu’il est intérieurement, de tous les mouvements de son âme, de toutes les nuances de ses sentiments, en cherchant à se représenter à lui-même, tel qu’il se découvre par la pensée, et à se reconnaître dans cette représentation qu’il offre à ses propres yeux. Mais l’homme est également engagé dans des rapports pratiques avec le monde extérieur, et de ces rapports naît également le besoin de transformer ce monde, comme lui-même, dans la mesure où il en fait partie, en lui imprimant son cachet personnel. Et il le fait pour encore se reconnaître lui-même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme d’une réalité extérieure. On saisit déjà cette tendance dans les premières impulsions de l’enfant : il veut voir des choses dont il soit lui-même l’auteur, et s’il lance des pierres dans l’eau, c’est pour voir ces cercles qui se forment et qui sont son œuvre dans laquelle il retrouve comme un reflet de lui-même. Ceci s’observe dans de multiples occasions et sous les formes les plus diverses, jusqu’à cette sorte de reproduction de soi-même qu’est une œuvre d’art. A travers les objets extérieurs, il cherche à se retrouver lui-même. Il ne se contente pas de rester lui-même tel qu’il est : il se couvre d’ornements. Le barbare pratique des incisions à ses lèvres, à ses oreilles, il se tatoue. Toutes ces aberrations, quelques barbares et contraires au bon goût qu’elles soient, déformantes ou même pernicieuses, comme le supplice qu’on inflige aux pieds des femmes chinoises, n’ont qu’un but : l’homme ne veut pas rester tel que la nature l’a fait. Chez les civilisés, c’est par la culture spirituelle que l’homme cherche à rehausser sa valeur, car c’est seulement chez les civilisés que les changements de forme, de comportement et de tous les autres aspects extérieurs [sont des produits de culture spirituelle. »

 

[G.-W Hegel, Introduction à l’esthétique, 1832, Aubier]

Publié dans 02- Conscience

Commenter cet article