SCHOPENHAUER ARTHUR 1788-1860 [02] L’apologue des porcs-épics.

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SCHOPENHAUER ARTHUR 1788-1860  [02] L’apologue des porcs-épics.

L’origine de la distance sociale ?

 

« On peut encore envisager la sociabilité chez les hommes comme un moyen de se réchauffer réciproquement l’esprit, analogue à la manière dont ils se chauffent mutuellement le corps quand, par les grands froids, ils s’entassent et se pressent les uns contre les autres. Mais qui possède en soi-même beaucoup de calorique intellectuel n’a pas besoin de pareils entassements. On trouvera dans le 2e volume de ce recueil, au chapitre final, un apologue imaginé par moi. […]

[Voici l’apologue mentionné ci-dessus]

« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étalent ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. Ainsi, te besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérêt, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! - Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. - Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n’éprouver ni ne causer de peine. »

[Arthur Schopenhauer, Parerga und Paralipomena, t. II, chap. 31, § 400. in « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », PUF Quadrige, dans la note en bas de la page 105, qui renvoie aux Parerga et Paralipomena.]

 




SCHOPENHAUER
ARTHUR 1788-1860  [02] [ ES

 

 

258 * Quelle est l’origine de la distance sociale ? L’apologue des porcs-épics.

 

« On peut encore envisager la sociabilité chez les hommes comme un moyen de se réchauffer réciproquement l’esprit, analogue à la manière dont ils se chauffent mutuellement le corps quand, par les grands froids, ils s’entassent et se pressent les uns contre les autres. Mais qui possède en soi-même beaucoup de calorique intellectuel n’a pas besoin de pareils entassements. On trouvera dans le 2e volume de ce recueil, au chapitre final, un apologue imaginé par moi. […]

[Voici l’apologue mentionné ci-dessus]

« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étalent ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable. Ainsi, te besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérêt, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières. En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à cette distance : Keep your distance ! - Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. - Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n’éprouver ni ne causer de peine. »

[Arthur Schopenhauer, Parerga und Paralipomena, t. II, chap. 31, § 400. in « Aphorismes sur la sagesse dans la vie », PUF Quadrige, dans la note en bas de la page 105, qui renvoie aux Parerga et Paralipomena.]

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