Freud [04] Interpréter un rêve est un travail de rébus. On ne peut parler de lecture, ni de traduction.

Publié le par Maltern

Freud [04] Interpréter un rêve est un travail de rébus. On ne peut parler de lecture, ni de traduction.

On parle souvent de langage du rêve, ce texte propose une réponse aux questions : « qui » parle dans le rêve, de « quoi » et « comment » ?

 

 

« Toutes les tentatives faites jusqu’à présent pour élucider les problèmes du rêve s’attachaient à son contenu manifeste[1], tel que nous le livre le souvenir, et s’efforçaient d’interpréter ce contenu manifeste. Lors même qu’elles renonçaient à l’interprétation, elles se fondaient encore sur ce contenu mani­feste.

 

Nous sommes seuls à avoir tenu compte de quelque chose d’autre pour nous, entre le contenu du rêve et les résultats auxquels parvient notre étude, il faut insérer un nouveau matériel psychique, le contenu latent ou les pensées du rêve, que met en évidence notre procédé d’ana­lyse. C’est à partir de ces pensées latentes[2] et non à partir du contenu manifeste que nous cherchons la solution.

 

De là vient qu’un nouveau travail s’impose à nous. Nous devons rechercher quelles sont les relations entre le contenu manifeste du rêve et les pensées latentes et examiner le processus par lequel celles-ci ont pro­duit celui-là.

 

Les pensées du rêve et le contenu du rêve nous apparaissent comme deux exposés des mêmes faits en deux langues différentes; ou mieux, le contenu du rêve nous apparaît comme une transcription des pensées du rêve, dans un autre mode d’expression, dont nous ne pourrons connaître les signes et les règles que quand nous aurons comparé la traduction et l’origi­nal.

 

Nous comprenons les pensées du rêve d’une manière immédiate dès qu’elles nous apparaissent. Le contenu du rêve nous est donné sous forme de hiéroglyphes, dont les signes doivent être successivement traduits dans la langue des pensées du rêve. On se trompera évidemment si on veut lire ces signes comme des images et non selon leur signification convention­nelle.

 

Supposons que je regarde un rébus: il représente une maison sur le toit de laquelle on voit un canot, puis une lettre isolée, un personnage sans tête qui court, etc. Je pourrais déclarer que ni cet ensemble, ni ses diverses parties n’ont de sens. Un canot ne doit pas se trouver sur le toit d’une mai­son et une personne qui n’a pas de tête ne peut pas courir; de plus, la per­sonne est plus grande que la maison, et, en admettant que le tout doive représenter un paysage, il ne convient pas d’y introduire des lettres isolées, qui ne sauraient apparaître dans la nature.

 

Je ne jugerai exactement le rébus que lorsque je renoncerai à apprécier ainsi le tout et les parties, mais m’efforcerai de remplacer chaque image par une syllabe ou par un mot qui, pour une raison quelconque, peut être représenté par cette image. Ainsi réunis, les mots ne seront plus dépourvus de sens, mais pourront for­mer quelque belle et profonde parole. Le rêve est un rébus, nos prédéces­seurs ont commis la faute de vouloir l’interpréter en tant que dessin. C’est pourquoi il leur a paru absurde et sans valeur. »

 

 

 

[Freud, L’Interprétation des rêves, 1900, trad. Meyerson, PUF, 1967, pp. 241-242.]

 
 

 

 

[1] Le récit que fait le rêveur au réveil, qui a subi une seconde censure au réveil. [censure en cours de rêve # censure au réveil = une élaboration « secondaire ».]

[2] Cachées, refoulées, déformées par le « travail » de censure du rêve.

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