SCHELER MAX 1874-1928 [02] La contagion affective dans les groupes est un mode de communication avec l’autre sans rencontre. Une des formes de la « sympathie.»

Publié le par Maltern

 

SCHELER MAX 1874-1928  [02] La contagion affective dans les groupes est un mode de communication avec l’autre sans rencontre. Une des formes de la « sympathie.»

 
 
 

« C’est le cas de la simple contagion affective. C’est ainsi que la gaieté qui règne dans une brasserie ou dans une fête se transmet instantanément à toute personne venant du dehors; même si cette personne a été, quelques instants auparavant, envahie par la tristesse, elle est pour ainsi dire « entraînée » par la gaieté générale, emportée dans son courant. […] On peut en dire autant de la contagion du rire à laquelle « suc­combent » principalement les enfants, et plus particulière­ment les enfants de sexe féminin, moins sensibles et ayant les réactions plus faciles.

 

C’est ce qu’on observe également dans les cas où plusieurs personnes subissent la contagion du ton plaintif de l’une d’elles: il suffit que, dans une société de vieilles femmes, l’une commence à parler de ses souf­frances; pour que toutes les autres se mettent à sangloter. Tout cela n’a absolument rien à voir avec la sympathie : il n’y a là ni intention affective à l’égard de la joie ou de la souffrance d’autrui, ni participation à ses expériences internes.

 

Ce qui caractérise plutôt la contagion, c’est qu’elle s’effectue entre états affectifs et ne suppose, en général, aucune connaissance relative à la joie d’autrui. C’est ainsi qu’on a souvent l’occa­sion de constater que tel sentiment de tristesse qu’on éprouve est né d’une contagion contractée dans une société dans laquelle on s’était trouvé quelques heures auparavant. Dans cette tristesse même, il n’y avait rien qui fût de nature à révé­ler ses origines; ce n’est qu’à la suite d’induction et d’un rai­sonnement causal qu’on se rend compte de ses origines. Une pareille contagion peut se produire également indépendam­ment de toute expérience affective d’autres personnes.

 

Les qualités objectives de certains sentiments que nous ratta­chons, sous leurs dénominations humaines, à la nature ou au « milieu », lorsque nous parlons de la gaieté d’un paysage printanier, de la sombre tristesse d’un jour de pluie, de la misère maussade d’une chambre, peuvent en ce sens exercer une contagion sur nos états affectifs. Nous subissons la contagion involontairement. Ce qui caractérise ce processus (de la contagion), c’est sa tendance à revenir sans cesse à son point de départ, ce qui a pour effet une exagération des senti­ments qui s’amplifient à la manière d’une avalanche. Le senti­ment né par contagion agit à son tour d’une façon contagieu­se, par l’expression et à la faveur de l’imitation, sur d’autres personnes; le sentiment ainsi produit chez celles‑ci réagit, toujours par contagion, sur sa première source affective; cel­le‑ci en subit une amplification et contamine de nouveau les personnes voisines dont les sentiments subissent également une amplification, et ainsi de suite. »

 
 
 

[Max Scheler, nature et formes de la sympathie, 1913, Payot,1971,pp 26-27]

 
 

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