BLANCHÉ Robert 1898-1975 [03] Les enchaînements d’abstractions ou les accumulations d’exemples ne peuvent produire de sens.

Publié le par Maltern

BLANCHÉ Robert 1898-1975 [03] Les enchaînements d’abstractions ou les accumulations d’exemples ne peuvent produire de sens.

L’alternance théorie-expérience rejoint le couple expliquer illustrer.

 

« L’idée est requise pour expliquer le fait, le fait est requis pour illustrer l’idée. De même qu’une machine thermique exige, pour fonctionner, l’op­position d’une source chaude et d’une source froide, de même notre fonction intellectuelle ne peut s’exercer que par une circulation incessante entre la région de la connexion modale[1] et celle de l’as­sertion simple[2] par l’établissement de correspon­dances entre la théorie et l’expérience, la notion générale et le cas singulier, le schéma et le modèle. On éclaire la structure abstraite en présentant l’une de ses réalisations intuitives, et réciproquement cette dernière en en dégageant la structure idéale. Il y a ainsi deux façons de comprendre étroitement solidaires, qui toutes deux utilisent ce pouvoir carac­téristique qu’a l’esprit de penser [...] à deux niveaux différents, par une sorte de double conscience : on donne un exemple pour interpréter la règle ou la loi, on invoque la règle ou la loi pour rendre l’exemple intelligible. L’abstrait et le concret s’ap­pellent mutuellement. Pour reprendre la formule kantienne: « les concepts sans intuitions sont vides, les intuitions sans concepts sont aveugles. » »

 

[R. Blanché, Raison et Discours, Vrin, 1967, pp. 148‑149.]

 


[1] connexion modales : relation de nécessité entre deux propositions

[2] asserter une proposition : la présenter comme vraie.

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