Merleau-Ponty [10] L’inconscient freudien : un savoir que nous ne voulons pas assumer ? L’osmose chez l’homme entre vie anonyme du corps et vie officielle de la personne.

Publié le par Maltern

Merleau-Ponty [10] L’inconscient freudien : un savoir que nous ne voulons pas assumer ? L’osmose chez l’homme entre vie anonyme du corps et vie officielle de la personne.

 

« Pour rendre compte de cette osmose[1] entre la vie anonyme du corps et la vie officielle de la personne, qui est la grande découverte de Freud, il fallait introduire quelque chose entre l’organisme et nous-même comme suite d’actes délibérés, de connaissances expresses. Ce fut l’inconscient de Freud. Il suffit de suivre les transformations de cette notion‑Protée[2] dans l’œuvre de Freud, la diversité de ses emplois, les contradictions où elle entraîne, pour s’assurer que ce n’est pas là une notion mûre et qu’il reste encore, comme Freud le laisse entendre dans les Essais de psychanalyse, à for­muler correctement ce qu’il visait sous cette désignation provisoire. L’inconscient évoque à première vue le lieu d’une dynamique des pulsions dont seul le résultat nous serait donné. Et pourtant l’inconscient ne peut pas être un processus « en troisième personne », puisque c’est lui qui choi­sit ce qui, de nous, sera admis à l’existence officielle, qui évite les pensées ou les situations auxquelles nous résistons et qu’il n’est donc pas un non­ savoir, mais plutôt un savoir non reconnu, informulé, que nous ne vou­lons pas assumer. Dans un langage approximatif, Freud est ici sur le point de découvrir ce que d’autres ont mieux nommé perception ambiguë. C’est en travaillant dans ce sens qu’on trouvera un état civil pour cette conscience qui frôle ses objets, les élude au moment où elle va les poser, en tient compte, comme l’aveugle des obstacles, plutôt qu’elle ne les reconnaît, qui ne veut pas les savoir, les ignore en tant qu’elle les sait, les sait en tant qu’elle les ignore, et qui sous‑tend nos actes et nos connaissances exprès.

Quoi qu’il en soit des formulations philosophiques, il est hors de doute que Freud a aperçu de mieux en mieux la fonction spirituelle du corps et l’incarnation de l’esprit. »

 [Maurice Merleau‑Ponty, Signes, Gallimard, coll. «Folio essais», 1960, p. 291.]

 

 



[1] Diffusion et mélange d’un corps dans un autre.

 

[2] Dieu grec qui pouvait se métamorphoser pour échapper à ceux qui le questionnaient sur l’avenir.

Publié dans 04- L'inconscient

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