JACOB François né en 190 [01] L’explication mythique, magique, religieuse sont englobante, l’explication scientifique est limitée

Publié le par Maltern

JACOB François né en 190 [01]  L’explication mythique, magique, religieuse sont englobante, l’explication scientifique est limitée

 

 [La science moderne a rompu avec l’idée d’une vérité scientifique une et définitive, les savants « savent maintenant devoir se contenter du partiel et du provisoire ». Voici qui va à l’encontre de la tendance de la raison qui exige l’unité et la cohérence des théories espère un système unitaire. La rigueur scientifique est faite d’abnégation… et c’est en cela qu’elle se distingue de la pensée mythique qui satisfait cet idéal.]

 

 

 

« C’est probablement une exigence de l’esprit humain d’avoir une représentation du monde qui soit unifiée et cohérente. Faute de quoi apparaissent anxiété et schi­zophrénie[1]. Et il faut bien reconnaître qu’en matière d’unité et de cohérence, l’ex­plication mythique l’emporte de loin sur la scientifique. Car la science ne vise pas d’emblée à une explication complète et définitive de l’univers. Elle n’opère que loca­lement. Elle procède par une expérimentation détaillée sur des phénomènes qu’elle parvient à circonscrire et définir. Elle se contente de réponses partielles et provi­soires. Qu’ils soient magiques, mythiques ou religieux, au contraire, les autres sys­tèmes d’explication englobent tout. Ils s’appliquent à tous les domaines. Ils répondent à toutes les questions. Ils rendent compte de l’origine, du présent et même du devenir de l’Univers. On peut refuser le type d’explication offert par les mythes ou la magie. Mais on ne peut leur dénier unité et cohérence car, sans la moindre hésitation, ils répondent à toute question et résolvent toute difficulté par un simple et unique argument a priori.

 

A première vue, la science paraît moins ambitieuse que le mythe par les ques­tions qu’elle pose et les réponses qu’elle cherche. De fait, le début de la science moderne date du moment où aux questions générales se sont substituées des questions limi­tées ; où au lieu de se deman­der : «Comment l’univers a-t-il été créé ? De quoi est faite la matière ? Quelle est l’essence de la vie? », on a commencé à se demander : « Comment tombe une pierre ? Comment l’eau coule-t-elle dans un tube? Quel est le cours du sang dans le corps.? ». Ce changement a eu un résultat surprenant. Alors que les questions géné­rales ne recevaient que des réponses limitées, les questions limitées se trouvèrent conduire à des réponses de plus en plus générales. Cela s’applique encore à la science d’aujourd’hui. »

 

[François Jacob, Le jeu des possibles, 1981, Fayard, pp. 26-28.]

 

 

 


[1] Psychose qui dissout l’unité psychique (schizein = couper) et se caractérise par une perte du sens de la réalité face à la )pression du désir.

Publié dans 14 - RAISON et le REEL

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