CONCHE Marcel né en 1922 [01] Peut-on dialoguer sans considérer l’autre comme un égal ?

Publié le par Maltern

CONCHE Marcel né en 1922 [01] Peut-on dialoguer sans considérer l’autre comme un égal ?

 

« Il y a différentes façons de s’adresser à d’autres hommes. On peut s’adresser à un homme comme on s’adresse à un chien ou à un esclave, simplement pour lui donner un ordre auquel il doit obéir sans le comprendre, ou qu’il peut comprendre mais qu’il n’a pas à discuter : alors on exclut que celui à qui on s’adresse ait droit à la parole parce qu’on exclut que la vérité puisse venir de lui. Mais si l’on s’adresse à lui comme à un interlocuteur, que l’on interroge et que l’on écoute, qui répond, interroge, et, de toute façon, écoute, on le considère comme capable de vérité, donc libre, et soi-même on se considère comme capable de vérité et libre, dès que l’on peut répondre à toute question, fût-ce en constatant simplement que l’on ne sait pas. Dans toute conversation, dans tout dialogue, chacun considère, en principe, l’autre comme capable de vérité et libre, donc le considère comme un égal. Un dialogue, une discussion ne peuvent avoir lieu qu’entre égaux. Il faut que chaque participant à la discussion se sente et se trouve avec l’autre ou les autres sur un pied d’égalité. Chacun, en effet, doit être présupposé pouvoir dire quelque chose de juste et de vrai. La vérité ne peut venir d’un ou de quelques-uns seulement : il n’y a pas d’accès particulier à la vérité. La vérité ne peut avoir d’autre lieu que le langage universel, le discours humain comme tel. Elle peut, par le discours, circuler de l’un à l’autre, mais elle peut être mise en circulation par n’importe qui. Tous les hommes, dès lors, sont égaux, en tant qu’ayant cette capacité, ce pouvoir, de mettre en circulation la vérité. Tous les hommes pouvant participer à un dialogue ? Oui, mais tous le peuvent (en droit). Platon, dans le Ménon, choisit comme interlocuteur de Socrate un esclave, voulant montrer que l’interlocuteur peut-être n’importe qui. »

 

 [Marcel Conche, Le fondement de la morale, PUF pp.38-39]

 

 

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