Conche [02] [Stoïcisme] Si la croyance au destin abolit un avenir ouvert le temps a-t-il une consistance, peut-il être notre allié ?

Publié le par Maltern

Conche [02] [Stoïcisme] Si la croyance au destin abolit un avenir ouvert le temps a-t-il une consistance, peut-il être notre allié ?

 

« Si de tous les événements de la vie, la mort seule est considérée comme « fatale », on a, peut‑on dire, le minimum de destin. Si, à l’opposé, tous les événements arrivent, croit‑on, par l’effet du destin, on a le maximum de destin. Tel est le point de vue des Stoïciens. […] Le destin n’est rien d’autre, pour les Stoïciens, que la causalité une et universelle, en dehors de laquelle aucun événement ne peut se produire, et par laquelle tout ce qui arrive, arrive immanquablement. […] Or d’arriver immanquablement […] c’est le cas, pour les Stoïciens de tous les événements. Les événements futurs sont donc prédéterminés. Il le faut, du reste, si la divination, que les Stoïciens admettent, doit être possible, car, ainsi que le dit Chrysippe, « les prédictions des oracles ne seraient pas vraies si l’universalité des choses n’était pas enveloppée et maîtrisée par le destin ». Toutefois, il n’y a véritablement un avenir que s’il y a de l’inaccompli. Si tout est déjà arrivé d’avance, le temps n’est qu’un développement, un déroulement, les événements devant simple­ment faire leur apparition dans un ordre déterminé. […] La thèse maximaliste du destin abolit l’avenir. Or il y a destin s’il y a prédétermination de l’avenir, si l’Inéluctable barre la vaste béance de l’avenir. Mais, pour cela, encore faut‑il que l’avenir soit et reste absolument ouvert, encore faut‑il, en un mot, qu’il y ait un avenir. Chez les Stoïciens, il n’y a pas réellement d’avenir. Aussi font‑ils du temps un incorporel, un irréel, comme tel radicalement inefficace. Rien ne s’ajoute jamais à ce qui est par l’effet du temps, et toute nouveauté est impossible. »

 

[Marcel Conche, Temps et Destin, Éd. de Mégare, 1980, Pp. 24, 28, 29].

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