♎ Sophocle [01] Une vision « tragique » de la condition humaine. Les paroles du Chœur dans l’Antigone [temps existence, sujet]

Publié le par Maltern

Sophocle  [01] Une vision « tragique » de la condition humaine. Les paroles du Chœur dans l’Antigone

 



« Il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme.

 

Il est l’être qui sait traverser la mer grise, à l’heure où soufflent le vent du Sud et ses orages, et qui va son chemin au milieu des abîmes que lui ouvrent les flots soulevés.

 

Il est l’être qui tourmente la déesse auguste entre toutes, la Terre,[1]

 

La Terre éternelle et infatigable, avec ses charmes qui vont chaque année la sillonnant sans répit, celui qui la fait labourer par les produits de ses cavales

 
 

Les oiseaux étourdis, il les enserre et il les prend, tout comme le gibier des champs et les poissons peuplant les mers, dans les mailles de ses filets, l’homme à l’esprit ingénieux.

 
 

Par ses engins il se rend maître de l’animal sauvage qui va courant les monts, et, le moment venu, il mettra sous le joug et le cheval à l'épaisse crinière et l’infatigable taureau des montagnes.

 
 

Parole, pensée vite comme le vent, aspirations d’où naissent les cités, tout cela, il se l’est enseigné à lui-même, aussi bien qu’il a su, en se faisant un gîte,

 

se dérober aux traits du gel ou de la pluie, cruels à ceux qui n’ont d’autre toit que le ciel.

 

Bien armé contre tout il ne se voit désarmé contre rien de ce que peut lui offrir l’avenir.

 
 

Contre la mort seule, il n’aura jamais de charme permettant de lui échapper, bien qu’il ait déjà su contre les maladies les plus opiniâtres imaginer plus d’un remède.

 

Mais, ainsi, maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, il peut prendre ensuite la route du mal tout comme du bien.

 
 

 Qu’il fasse donc sans le savoir une part aux lois de sa ville et à la justice des dieux, à laquelle il a juré foi !

 
 

Il montera alors très haut dans sa cité, tandis qu’il s’exclut de cette cité le jour où il laisse le crime le contaminer par bravade.

 
 

Ah ! qu’il n’ait plus de part alors à mon foyer ni parmi mes amis, si c’est là comme il se comporte!»

 


[1] Gaïa, chez les grecs : la terre divinisée

 

 

Publié dans 27 - Liberté

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