φ Le langage et la pensée : quelques options connues et des exemples

Publié le par Maltern

φ Le langage et la pensée : quelques options connues et des exemples

 

 

Mounin : le citadin le   paysan et leur paysage …

 

« La linguistique nous montre à chaque instant que chaque langue correspond à une réorganisation, qui peut toujours être particulière, des données de l’expérience.[…]

 

Une langue est un prisme à travers lequel ses usagers sont condamnés à voir le monde; et... notre vision du monde est donc déterminée, prédéterminée même, par la langue que nous parlons. Ces formules choquantes expriment cependant la pure vérité : le citadin qui ne connaît et ne nomme que des arbres ne voit pas le monde à travers les mêmes Gestalten que le paysan qui reconnaît et distingue le chêne, le charme, le hêtre, l’aulne, le bouleau, le châtaignier, le frêne. »

   
 

[Georges Mounin, Clefs pour la linguistique, 1968, Seghers, pp. 83-84.]



Merleau-Ponty [06] « Le langage signifie quand au lieu de copier la pensée il se laisse faire et refaire par elle »

 

 

 

« Le langage dit péremptoirement quand il renonce à dire la chose même. Comme l’algèbre fait entrer en compte des grandeurs dont ne sait pas ce qu’elles sont, la parole différencie des significations dont chacune à part n’est pas connue, et c’est à force de les traiter comme connues, de nous donner d’elles et de leur commerce un portrait abstrait, qu’il finit par nous imposer, dans un éclair, l’identification la plus précise.

 

Le langage signifie quand, au lieu de copier la pensée, il se laisse faire et refaire par elle. Il porte son sens comme la trace d’un pas signifie le mouvement et l’effort d’un corps. Distinguons l’usage empirique du langage déjà fait, et l’usage créateur, dont le premier, d’ailleurs, ne peut être qu’un résultat. Ce qui est parole au sens du langage empirique, - c’est-à-dire le rappel opportun d’un signe préétabli -, ne l’est pas au regard du langage authentique. C’est, comme Mallarmé l’a dit, la pièce usée que l’on met en silence dans la main. Au contraire la parole vraie, celle qui signifie, qui rend présente « l’absente de tous bouquets » et délivre le sens captif dans la chose, elle n’est, au regard de l’usage empirique, que silence, puisqu’elle ne va pas jusqu’au nom commun. Le langage est de soi oblique et autonome, et, s’il lui arrive de signifier directement une pensée ou une chose, ce n’est qu’un pouvoir second, dérivé de sa vie intérieure. Comme le tisserand donc, l’écrivain travaille à l’envers : il n’a affaire qu’au langage, et c’est ainsi que soudain il se trouve environné de sens. »

 

 

 

[Merleau-Ponty, Signes, Le langage indirect et les voix du silence, Paris 1960, PP. 55-56]

 

 

 

 


 

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