Platon [04] La « ligne divisée » : degrés d’être et degrés de certitude dans la science. L'image du Soleil Bien

Publié le par Maltern

Platon [04] La « ligne divisée » : les degrés d’être dans le réel correspondent aux degrés de certitude dans la science. Partage platonicien entre monde visible et intelligible. [Raison et le réel]

 





















[Attention : on peut également suivre une autre interprétation de la ligne et faire du segment AD le plus long, vu qu'il y a beaucoup plus d'images qu'il n'y a d'objets de contemplation. C'est la leçon de J. Moreau par exemple]

Socrate-Glaucon

 

 « ‑ Mais quoi ? N’est‑il pas également évident que la plu­part des gens vont choisir ce qui semble juste et beau et que, même si cela n’est pas la réalité, ils n’en désirent pas moins le pratiquer, le posséder et en montrer l’apparence, alors que personne ne se contente de posséder des biens qui ne sont qu’apparents, mais qu’on recherche au contraire des biens qui sont réels, chacun méprisant l’apparence en ce domaine ?

 

‑ Cela est certain, dit‑il.

 

‑ Or, ce bien [1] que toute âme poursuit et qui constitue la fin de tout ce [505e] qu’elle entreprend, ce bien dont elle pressent l’existence sans pouvoir, dans sa perplexité, saisir pleinement ce qu’il peut être, ni s’appuyer sur une croyance solide comme celle qu’elle entretient à l’égard d’autres objets ‑ ce qui par ailleurs la prive du bienfait qu’elle pourrait tirer de ces objets ‑, ce bien si grand et si précieux, [506a] dirons‑nous qu’il doit demeurer dans l’obscurité pour ceux qui sont les meilleurs dans la cité, ceux‑là à qui nous confierons tout ?

 

‑ Certainement pas, dit‑il.

 

‑ En tout cas, dis‑je, je pense que les choses justes et les choses belles, lorsqu’elles sont maintenues dans la mécon­naissance de ce en quoi elles sont aussi des choses bonnes, ne possèdent pas un gardien de grande valeur si ce gardien doit ignorer ce bien qui les concerne. Je devine même que personne ne connaîtra suffisamment le juste et le beau avant de connaître ce bien.

 

‑ Tu devines juste, dit‑il.

 

[…]

 

- Mais toi, Socrate, que penses­-tu que soit le bien ? Est‑ce la science ? Est‑ce le plaisir ou quelque chose d’autre ?

 

‑ Le voilà donc, le cher homme ! m’écriai‑je. Je voyais bien ‑ et cela était clair depuis longtemps ‑ que tu ne te contenterais pas de l’opinion des autres sur ces questions !

 

‑ C’est, dit‑il, qu’il ne me semble pas juste, Socrate, que tu te montres capable d’exposer les doctrines des autres, et non les tiennes, compte tenu de tout le temps que tu as passé à t’occuper de ces questions. [506c]

 

‑ Qu’est‑ce à dire ? repris‑je. Te paraît‑il plus juste de parler des choses qu’on ne connaît pas comme si on les connaissait ?

 

‑ Non, dit‑il, pas comme si on les connaissait, mais en consentant à exposer ses convictions personnelles.

 

‑ Que dis‑tu là ? repris‑je. N’as‑tu pas remarqué à quel point sont viles toutes les opinions[2] qui sont dépourvues de science ? Les meilleures d’entre elles sont aveugles : vois‑tu quelque différence entre des aveugles suivant correctement leur chemin et ceux qui possèdent une opinion vraie, mais sans posséder l’intelligence ?

 

‑ Aucune, dit‑il.

 

‑ Tiens‑tu donc à contempler des choses viles, aveugles et difformes, si tu peux entendre par ailleurs des choses claires et belles ? [506d]

 

‑Au nom de Zeus, Socrate, s’écria alors Glaucon, ne t’arrête pas comme si tu étais arrivé au but ! Nous serons satisfaits si tu exposes la nature du bien de la même manière que tu as exposé la nature de la justice, de la modération et des autres vertus.

 

‑ Et pour moi aussi, camarade, repris‑je, ce serait un motif de plein contentement ; mais je crains de n’en être pas capable et, si je devais en prendre le risque, d’attirer sur moi la moquerie en raison de ma maladresse. Mais, […] je consens, par contre, à vous parler de ce qui me paraît le rejeton du bien[3] et qui lui ressemble le plus, si cela vous convient. Sinon, laissons cela de côté.

 

[…] Mettons‑nous d’accord au préalable, dis‑je, et rappe­lons‑nous ce que je vous ai dit auparavant tout comme ce dont nous nous sommes déjà entretenus plusieurs fois en d’autres circonstances. [507b] Il y a plusieurs choses belles, dis‑je, et plusieurs choses bonnes, et nous affirmons que chacune existe ainsi, et nous les distinguons par le langage.

 

‑ Nous l’affirmons, en effet.

 

‑Nous affirmons aussi l’existence du beau en soi et du bien en soi, et de même pour toutes ces choses que nous avons d’abord posées comme multiples, nous les posons maintenant, renversant notre approche [5], selon la forme unique de chacune, comme une essence unique, et nous appelons chacune « ce qui est ».

 

‑ C’est cela.

 

‑ Et nous disons ensuite que les choses multiples sont vues, mais qu’elles ne sont pas pensées, alors que les formes sont pensées[6] mais ne sont pas vues.

 

‑ Absolument. [507c]

 

‑ Et maintenant, par quelle partie de nous‑mêmes voyons‑nous les choses visibles ?

 

‑ Par la vue, dit‑il.

 

‑ Et de même, repris‑je, nous entendons par l’ouïe les choses audibles, et par les autres sens nous percevons la totalité des choses sensibles.

 

‑ Sans doute.

 

‑ N’as‑tu pas remarqué, repris‑je, à quel point l’artisan de nos sens s’est dépensé pour rendre possible la faculté de voir et d’être vu ?

 

‑ Non, pas vraiment, dit‑il.

 

‑ Eh bien, considère la question de la manière suivante. N’y a‑t‑il pas quelque chose d’un genre différent qui soit requis à l’ouïe et à la voix, l’une pour entendre, l’autre pour être entendue, [507d] de telle sorte que si cette troisième chose fait défaut, l’ouïe n’entend pas et la voix n’est pas entendue[7] ? […] Quel est, selon toi, celui des dieux du ciel[8] qui détient le pouvoir de causer ce lien, lui dont la lumière donne à la vue de voir magnifiquement, et aux choses visibles d’être vues ?

 

‑ Celui‑là même que tu désignerais, dit‑il, comme tout le monde ; car c’est le soleil manifestement que tu me demandes de nommer.

 

‑ Eh bien, la vue, par sa nature, n’entretient‑elle pas avec ce dieu le rapport suivant ?

 

‑ Comment cela ?

 

‑ La vue n’est pas le soleil, ni elle‑même, ni l’organe dans lequel elle se forme [508b] et que nous appelons l’oeil.

 

‑ Non, en effet.

 

‑ Et pourtant, de tous les organes relatifs aux sens, je pense que l’oeil[9] est celui qui ressemble le plus au soleil.

 

‑ De beaucoup.

 

‑ Et, en outre, la puissance qu’il possède, ne la tire‑t‑il pas du soleil, comme une émanation provenant de lui ?

 

‑ C’est absolument le cas.

 

‑ Et ainsi le soleil, qui n’est pas la vue mais qui en cons­titue par ailleurs la cause, n’est‑il pas vu par cette vue même ?

 

‑ Il en est ainsi, dit‑il.

 

‑ Eh bien, sache‑le, dis‑je, c’est lui que j’affirme être le rejeton du bien, lui que le bien a engendré à sa propre res­semblance, [508c] de telle façon que ce qu’il est lui, <le bien>, dans le lieu intelligible [10] par rapport à l’intellect et aux intelligibles, celui‑ci, <le soleil>, l’est dans le lieu visible par rapport à la vue et aux choses visibles. […] Et je pense bien que si les yeux se tournent vers des objets que le soleil [508d] illumine, ils les voient nette­ment, et il semble bien que la vision soit claire pour ces mêmes yeux.

 

‑ Sans doute.

 

‑ Conçois donc, maintenant, qu’il en est de même pour la vision de l’âme. Lorsqu’elle se tourne vers ce que la vérité et l’être illuminent, alors elle le pense, elle le connaît et elle semble posséder l’intellect [11]. Lorsqu’elle se tourne cependant vers ce qui est mêlé d’obscurité, sur ce qui devient et se corrompt, alors elle a des opinions dans lesquelles elle s’embrouille en les revirant en tous sens, et on dirait qu’elle est alors dépourvue d’intellect.

 

‑ C’est ce qui semble. [508e]

 

‑ Eh bien, ce qui confère la vérité aux objets connais­sables et accorde à celui qui connaît le pouvoir de connaître, tu peux déclarer que c’est la forme du bien. Comme elle est la cause de la connaissance et de la vérité, tu peux la concevoir comme objet de connaissance, et si tu reconnais à l’une et à l’autre ‑ la connaissance et la vérité ‑ une certaine beauté, tu porteras un jugement cor­rect si tu estimes qu’il existe encore quelque chose de plus beau <qu’elles>. La connaissance et la vérité, il est juste de penser qu’elles sont, comme la lumière [509a] et la vue, semblables au soleil dans le monde visible, mais il n’est pas correct de les identifier au soleil ; et de même, dans le monde intelligible, il est juste de penser que la connaissance et la vérité sont semblables au bien, alors qu’il serait incorrect d’identifier l’une ou l’autre au bien la nature du bien, en effet, doit être quelque chose d’encore plus précieux !

 

[…] Je pense que tu admettras que le soleil confère aux choses visibles non seulement le pouvoir d’être vues, mais encore la genèse, la croissance et la subsistance, encore que lui‑même ne soit aucunement genèse.

 

‑ Comment le serait‑il, en effet ?

 

‑ Eh bien maintenant, pour les objets de connaissance, ce n’est pas seulement leur cognoscibilité que manifeste­ment ils reçoivent du bien, mais c’est leur être et aussi leur essence[12] qu’ils tiennent de lui, même si le bien n’est pas l’essence, mais quelque chose qui est au‑delà de l’essence, dans une surabondance de majesté et de puissance. » [509c]

 

Et alors Glaucon, facétieux, s’exclama

 

« Par Apollon, dit‑il, quelle prodigieuse transcendance !

 

‑ C’est toi le responsable, repris‑je, tu m’as forcé à exprimer mes opinions à son sujet.

 

‑ Ne t’arrête pas là, dit‑il, et si tu n’acceptes pas de poursuivre, complète au moins ta comparaison avec le soleil. […]

 

‑ Alors, repris‑je, représente‑toi bien, en suivant notre manière de nous exprimer, qu’il existe deux souverains l’un règne sur le genre intelligible et sur le lieu intelligible, l’autre, de son côté, règne sur l’horatôn, c’est‑à‑dire sur le visible (je ne dis pas ouranôs [13], le ciel, de peur de paraître vouloir faire un jeu de mots sophistiqué). Tu vois bien de toute façon qu’il y a là deux genres différents, le visible et l’intelligible ?

 

‑ Je le saisis bien.

 

‑ Sur ce, prends, par exemple, une ligne coupée[14] en deux segments d’inégale longueur ; coupe de nouveau, suivant la même proportion que la ligne, chacun des deux segments ‑ celui du genre visible et celui du genre intelli­gible ‑ et tu obtiendras ainsi, eu égard à un rapport réci­proque de clarté et d’obscurité dans le monde visible, le second segment, celui des images. [509e] J’entends par images d’abord [510a] les ombres, ensuite les reflets qui se produisent sur l’eau ou encore sur les corps opaques, lisses et brillants, et tous les phénomènes de ce genre. Tu comprends ce que je veux dire ?

 

‑ Mais je comprends bien.

 

‑ Pose alors l’autre segment auquel celui‑ci ressemble, les animaux qui nous entourent, et tout ce qui est soumis à la croissance, aussi bien que l’ensemble du genre de ce qui est fabriqué.

 

‑ Je le pose, dit‑il.

 

‑ Accepterais‑tu aussi de dire, repris‑je, que la division a été effectuée sous le rapport de la vérité et de la non ­vérité, de telle sorte que l’opinable[15] est au connaissable ce que l’objet ressemblant est à ce à quoi il ressemble. [510b]

 

‑ Je l’admets absolument, dit‑il.

 

‑ Examine aussi comment il faut couper la section de l’intelligible.

 

‑ De quelle façon ?

 

‑ Voici. Dans une partie de cette section, l’âme, traitant comme des images les objets qui, dans la section précédente, étaient les objets imités[16], se voit contrainte dans sa recherche de procéder à partir d’hypothèses[17] ; elle ne chemine pas vers un principe, mais vers une conclusion. Dans l’autre section toutefois, celle où elle s’achemine vers un principe anhypothétique, l’âme procède à partir de l’hypothèse et sans recourir à ces images, elle accomplit son parcours à l’aide des seules formes prises en elles‑mêmes.

 

‑ Je n’ai pas bien compris, dit‑il, ce que tu viens d’exposer. [510c]

 

‑ Eh bien, reprenons, dis‑je. Tu comprendras mieux après ce que je vais dire maintenant. Tu sais bien, je pense, que ceux qui s’occupent de géométrie[18] de calcul et d’autres choses du même genre font l’hypothèse du pair et de l’impair, des figures et des trois espèces d’angles, et de toutes sortes de choses apparentées selon la recherche de chacun, et qu’ils traitent ces hypothèses comme des choses connues ; quand ils ont confectionné ces hypo­thèses, ils estiment n’avoir à en rendre compte d’aucune façon, ni à eux‑mêmes ni aux autres, [510d] tant elles paraissent évidentes à chacun ; mais ensuite, en procédant à partir de ces hypothèses, ils parcourent les étapes qui restent et finissent par atteindre, par des démonstrations progressives, le point vers lequel ils avaient tendu leur effort de recherche.

 

‑ Eh oui, dit‑il, je sais parfaitement cela.

 

‑Aussi bien dois‑tu savoir qu’ils ont recours à des formes visibles et qu’ils construisent des raisonnements à leur sujet, sans se représenter ces figures particulières, mais les modèles auxquels elles ressemblent ; leurs raison­nements portent sur le carré en soi et sur la diagonale en soi, mais non pas sur cette diagonale dont ils font un tracé, et de même pour les autres figures. [510e] Toutes ces figures, en effet, ils les modèlent et les tracent, elles qui possèdent leurs ombres et leurs reflets sur l’eau, mais ils s’en servent comme autant d’images dans leur recherche [511a] pour contempler ces êtres en soi qu’il est impos­sible de contempler autrement que par la pensée.

 

‑ Tu dis vrai.

 

‑ Eh bien, voilà présenté ce genre que j’appelais l’intel­ligible : dans sa recherche de ce genre, l’âme est contrainte d’avoir recours à des hypothèses ; elle ne se dirige pas vers le principe, parce qu’elle n’a pas la force de s’élever au­-dessus des hypothèses, mais elle utilise comme des images ces objets qui sont eux‑mêmes autant de modèles pour les copies de la section inférieure, et ces objets, par rapport à leurs imitations, sont considérés comme clairs et dignes d’estime. [511b]

 

 

 

‑ Je comprends, dit‑il, tu veux parler de ce qui relève de la géométrie et des disciplines connexes.

 

 

 

‑ Et maintenant, comprends‑moi bien quand je parle de l’autre section de l’intelligible, celle qu’atteint le raisonne­ment lui‑même par la force du dialogue ; il a recours à la construction d’hypothèses sans les considérer comme des principes, mais pour ce qu’elles sont, des hypothèses, c’est‑à‑dire des points d’appui et des tremplins pour s’élancer jusqu’à ce qui est anhypothétique, jusqu’au prin­cipe du tout. Quand il l’atteint, il s’attache à suivre les conséquences qui découlent de ce principe et il redescend ainsi jusqu’à la conclusion, [511c] sans avoir recours d’aucune manière à quelque chose de sensible, mais uni­quement à ces formes en soi, qui existent par elles‑mêmes et pour elles‑mêmes, et sa recherche s’achève sur ces formes.

 

‑ Je ne comprends pas parfaitement, dit‑il, tu évoques une grande entreprise, me semble‑t‑il ; tu veux montrer que la connaissance de l’être et de l’intelligible, qu’on acquiert par la science du dialogue, la dialectique [19], est plus claire que celle que nous tirons de ce qu’on appelle les disciplines [20]. Dans ces disciplines, les hypothèses ser­vent de principes, et ceux qui les contemplent sont contraints pour y parvenir de recourir à la pensée, et non pas aux sens ; [511d] comme leur examen cependant ne remonte pas vers le principe, mais se développe à partir d’hypothèses, ceux‑là ne te semblent pas posséder l’intel­ligence de ces objets, encore que ces objets seraient intel­ligibles s’ils étaient contemplés avec le principe. Tu appelles donc pensée discursive, me semble‑t‑il, et non intellection, l’exercice habituel des géomètres et des praticiens de dis­ciplines connexes, puisque la pensée discursive est quelque chose d’intermédiaire entre l’opinion et l’intellect.

 

‑ Mais tu me suis parfaitement, repris‑je. Et mainte­nant, adjoins à nos quatre sections les quatre états mentaux de l’âme[21] : « l’intellection » (noêsis), pour la section supérieure, la « pensée discursive » (dianoïa), [511e] pour la deuxième; donne le nom de « croyance » (pistis) à la troisième, et à la dernière celui de représen­tation (eïkasia), et range‑les selon la proportion suivante : plus les objets de ces états mentaux participent à la vérité, plus ils participent à l’évidence.

 

‑ Je comprends, dit‑il, je suis d’accord et je dispose le tout comme tu dis. »

 

 

 

[Platon, République, Livre VI, 505d-511e, trad. Leroux modifiée, GF p 348-357]

 

 

 


[1] Le juste est un bien, le beau un autre, mais il s’agit ici de l’idée ou forme du bien suprême ou absolu dont la possession ou connaissance rendrait absolument heureux.

[2] Une opinion, même vraie, n’en demeure pas moins une opinion et non une connaissance si elle n’est pas fondée sur des raisons, justifiée. Nous dirions aujourd’hui un simple avis, même s’il est bon.(Concept d’opinion droite : Ménon 97a)

[3] On ne peut exposer directement, formuler dans le langage la nature du bien en soi. C’est pourquoi Socrate emprunte l’image de la parenté : on parlera du rejeton, - du fils,- du Bien. Noter l’humour de Platon.

[5] Les choses visibles sont multiples et participent de plusieurs formes ou idées. Une jeune fille participer de la beauté et de la féminité. Ici il s’agit de parler des formes elles-mêmes séparées des choses qu’elles informent.

[6] Opposition visible/intelligible; percevoir/penser. La vision est métonymique de la perception. (« nous »= intellect ; « noêsis = pensée)

[7] Contrairement aux autres sens, ouïe, odorat etc. la lumière est nécessaire à l’exercice de la vue.

  [8] Platon considérait-il les astres comme des êtres divins ? Question débattue. La prière au soleil à la fin du Banquet (220d) laisse penser que le sens de divin est plus que métaphorique.

[9] Ressemblance par la forme ronde.

[10] Ce monde est celui des Idées ou Formes séparées.

[11] L’âme au sens large est ce qui anime le corps vivant, elle intègre l’intellect comme sa fonction la plus haute. Quand elle se tourne vers les opinions et non les intelligibles, elle ne pense pas au sens strict. L’intellection est action, activation, l’opinion est possession et passivité.

  [12] Passage difficile ayant donné lieu à interprétations… Le bien est « cause » des intelligibles, mais en quel sens ? Tout comme le soleil est cause des êtres sensibles sans être lui-même leur genèse, le bien est cause des intelligibles, l’analogie ne permet pas d’aller au-delà. En effet dans la métaphysique platonicienne les objets du monde sensible n’ont pas d’être ni d’essence (se qui suppose stabilité) puisqu’ils « deviennent » sont soumis à la génération et corruption dans le temps… Sans doute faut-il comprendre la distinction être/essence en situant l’être comme subsistance (éternité, immuable) et l’essence comme spécification (la forme ou idée de Beau n’est pas celle de Juste) Quant à l’interprétation du bien comme « au-delà de l’essence » la tradition retient que le Bien n’est pas une forme parmi d’autres, mais les transcende toutes, et que cette position de surplomb lui permet d’éclairer, de faire comprendre toutes les autres formes ou idées. Le Bien est ainsi souverain, puissant et ordonnateur des idées..

[13] Ouranos, c’est le ciel visible, alors que les formes sont dans le ciel intelligible, situé selon les mythes et la cosmologie antique au-delà des cieux (monde supra-lunaire/monde sublunaire)

[14] L’érudition sur la ligne est la plus importante de tout le corpus platonicien ! L’interprétation retenue est que l’intelligible, ontologiquement supérieur a un segment plus grand. Mais comme les choses visibles sont plus nombreuses que les idées, certains leur réservaient le segment plus grand. Bel exemple de problème d’interprétation.

[15] Le visible est domaine de l’opinion, l’intelligible celui du connaissable. Dans l’allégorie de la caverne : opinion = ombres et simulacres. Il y a donc une cohérence explicite entre les trois discours Soleil-Bien, ligne-divisée, allégorie de la caverne.

[16] Dans le visible les objets imités (peinture, reflets) étaient imitation de choses, qui imitent leur Forme ou idée.

[17] Hypothèse = proposition non démontrées, non fondées sur un principe. Ici, l’examen des objets visibles (une figure géométrisue par exemple) conduit à faire l’hypothèse de leur modèle réel : leur forme ou Idée. L’image suggère son modèle. Par contre dans le monde intelligible les Idées ou forme ne sont pas dans une relation d’image au principe anhypothétique. La formulation est : si les formes existent… alors le Bien existe » C’est l’exemple d’une déduction pure, ne recourant à aucun visible, aucune « expérience »

[18] Les hypothèses des sciences propédeutiques, calcul, géométrie, mènent d’une hypothèse à une conclusion par simple démonstration (sans « montrer »). Celles de la dialectique mènent à l’idée de Bien c’est-à-dire au principe anhypothétique. Les êtres mathématiques ne sont pas leurs images visibles, ils sont bien des êtres en soi, mais distincts des êtres intelligibles. Redoutable problème du statut de ces êtres intermédiaires entre les formes et les êtres sensibles.La pensée discursive, (dianoia) est intermédiaire entre l’opinion et la connaissance de l’intellect (dialectique)

[19] Ici les deux termes sont synonymes.

[20] Les savoirs particuliers qui ont tous rapport aux mathématiques (calcul, géométrie, musique, poésie) La pensée discursive (dianoia) reste liée aux mathématiques, ne se libère jamais des hypothèses, alors que l’intellection (nous) procède vers le principe anhypothétique et constitue à proprement parler la dialectique ou pensée philosophique, métaphysique dirions-nous aujourd’hui.

[21] Voir vocabulaire infra.

Publié dans 14 - RAISON et le REEL

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