Hegel GWF [33] La lutte pour la reconnaissance : maîtrise-servitude [conscience, autrui]

Publié le par Maltern

Hegel GWF [33] La lutte pour la reconnaissance : maîtrise-servitude

 

[La violence spontanée avec l’autre a un sens : il s’agit d’être reconnu par l’autre comme libre. Cette liberté, négative, consiste à risquer la mort. D’où l’affrontement où l’un prouve son détachement et l’autre son attachement à la vie qu’il préfère à la liberté.]

 

 

 

 « L’égalité absolue du Je par rapport à lui-même n’est pas une égalité essentielle­ment immédiate, mais une égalité qui se constitue en supprimant l’immédiateté sensible et qui, de la sorte, s’impose aussi à un autre Je comme libre et indépen­dante du sensible[1]. Ainsi la conscience de soi se révèle conforme à son concept et, puisqu’elle donne réalité au Je, il est impossible qu’elle ne soit pas reconnue.

 

Mais l’autonomie est moins la liberté qui sort de la présence sensible immédiate et qui se détache d’elle que, bien plutôt, la liberté au sein de cette présence. Ce moment est aussi nécessaire que l’autre, mais ils ne sont pas d’égale valeur. Par suite de l’inégalité qui tient à ce que, pour l’une des deux consciences de soi, la liberté a plus de valeur que la réalité sensible présente, tandis que, pour l’autre, cette présence assume, au regard de la liberté, valeur de réalité essentielle[2], c’est alors que s’établit entre elles, avec l’obligation réciproque d’être reconnues dans la réalité effective et déterminée, la relation maîtrise-servitude, ou, absolument par­lant, service-obéissance, dans la mesure où cette différence d’autonomie est donnée par le rapport naturel immédiat.

 

Puisqu’il est nécessaire que chacune des deux consciences de soi, qui s’oppo­sent l’une à l’autre, s’efforce de se manifester et de s’affirmer, devant l’autre et pour l’autre, comme un être-pour-soi absolu, par là même celle qui a préféré la vie à la liberté, et qui se révèle impuissante à faire, par elle-même et pour assurer son indépendance, abstraction de sa réalité sensible présente, entre ainsi dans le rap­port de servitude. »

 

 

 

[Hegel, Propédeutique philosophique, 1809-1816, 2ème cours, 1ère subdivision, 2ème degré, trad. de Gandillac, Minuit, 1963.]

 


[1] L’égalité du Je par rapport à lui-même, c’est la parfaite conscience de soi : n’être ni plus ni moins que soi. Or cette conscience de soi n’est pas immédiate, ce n’est pas une réalité donnée, il faut qu’elle se réalise, c’est une conquête. La conscience ne se prouve à elle-même qu’en s’éprouvant dans le contact avec le réel extérieur à elle, et dans la négation de celles-ci : capture et consommation, des êtres et des choses, mais aussi affrontement avec autrui et risque de la mort.  

[2] Pour l’une « la liberté ou la mort ») pour l’autre plutôt vivre soumis.

Publié dans 02- Conscience

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