Freud [17] La « libido » freudienne : concept théorique ou généralité ? Ex : compréhension/extension conceptuelle. [inconscient, désir]

Publié le par Maltern

CFreud [17] La « libido » freudienne : concept théorique ou généralité ? Ex : compréhension/extension conceptuelle.

 

« Libido est un terme emprunté à la théorie de l’affectivité. Nous désignons ainsi l’énergie (considérée comme une grandeur quantita­tive, mais non encore mesurable) des tendances se rattachant à ce que nous résumons dans le mot amour. Le noyau de ce que nous appelons amour est formé naturellement par ce qui est communément connu comme amour et qui est chanté par les poètes, c’est‑à‑dire par l’amour sexuel, dont le dernier terme est constitué par l’union sexuelle.

Mais nous n’en séparons pas toutes les autres variétés d’amour, telles que l’amour de soi‑même, l’amour qu’on éprouve pour les parents et les enfants, l’amitié, l’amour des hommes en géné­ral, pas plus que nous n’en séparons l’attachement à des objets concrets et à des idées abstraites. Pour justifier l’extension que nous faisons ainsi subir au terme « amour », nous pouvons citer les résultats que nous a révélés la recherche psychanalytique, à savoir que toutes ces variétés d’amour sont autant d’expressions d’un seul et même ensemble de tendances, lesquelles, dans certains cas, invitent à l’union sexuelle, tandis que dans d’autres elles détournent de ce but ou en empêchent la réalisation, tout en conservant suffisamment de traits caractéristiques de leur nature, pour qu’on ne puisse pas se tromper sur leur identité (sacrifice de soi‑même, recherche de contact intime).

 Nous pensons qu’en assignant au mot « amour » une telle multiplicité de significations, le langage a opéré une synthèse pleinement justifiée et que nous ne saurions mieux faire que de mettre cette synthèse à la base de nos considérations et explications scientifiques. En procédant de la sorte, la psychanalyse a soulevé une tempête d’indignations, comme si elle s’était rendue coupable d’une innovation sacrilège. Et, cependant, en « élargissant » la conception de l’amour, la psychana­lyse n’a rien créé de nouveau. « L’Eros » [1] de Platon présente, quant à ses origines, à ses manifestations et à ses rapports avec l’amour sexuel, une analogie complète avec l’énergie amoureuse, avec la libido de la psychanalyse, et lorsque, dans sa fameuse « Epître aux Corinthiens », l’apôtre Paul vante l’amour et le met au‑dessus de tout le reste, il le conçoit sans doute dans ce même sens élargi, d’où il suit que les hommes ne prennent pas toujours au sérieux leurs grands penseurs, alors même qu’ils font semblant de les admirer.

Toutes ces variétés de l’amour, la psychanalyse les préférera de préférence et d’après leur origine, comme des penchants sexuels. La plupart des gens « instruits » ont vu dans cette dénomination une offense et se sont vengés en lançant contre la psychanalyse l’accusation de « pansexualisme ».[2]

 [Freud, Essais de psychanalyse, 1927, PBP 75 pp 109-110]



[1] Dieu de l’Amour chez les grecs : par extension, l’amour et son dynamisme affectif.

[2] Terme péjoratif qui désigne la prétention de “ réduire ” toute activité humaine à la sexualité.


Publié dans 05 - Le désir

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