DÉMOCRITE 460-370 [01] Une « Cosmogonie » antique : naissance de monde et des premières sociétés

Publié le par Maltern

~ DÉMOCRITE 460-370 [01]  Une « Cosmogonie » antique : naissance de monde et  des premières sociétés

 

 

« Car au commencement, toutes les choses étant confondues, le ciel et la Terre ne comportaient qu’une forme unique, parce que leurs natures se trouvaient mêlées. Ensuite, les corps se séparèrent les uns des autres et le monde prit universellement l’arrangement que nous voyons en lui ; l’air fut mû d’un mouvement continu et la substance ignée qu’il contenait fut entraînée vers les régions supérieures, étant donné qu’une telle substance se dirige vers le haut du fait de sa légèreté ; c’est du reste pour cette raison que le Soleil et la foule restante des astres sont enfermés dans le tourbillon universel. Ce qui était boueux et épais et se trouvait mêlé aux éléments humides, se porta ensemble vers le bas à cause de sa pesanteur. Mais comme cette masse en rotation tournait sur elle-même continuellement, la mer se forma à partir des substances humides et, à partir des éléments plus solides, se constitua la terre boueuse et extrêmement malléable.
Puis la terre commença sous l’effet du feu solaire à se condenser, et ensuite, à cause de la chaleur, sa surface commença à lever comme une pâte, et certaines étendues liquides gonflèrent en même temps en beaucoup d’endroits ; il se forma tout autour des pustules recouvertes d’une fine peau, comme cela peut se voir encore aujourd’hui dans les marais et les endroits marécageux, lorsque dans une contrée brutalement refroidie un air brûlant se met sans transition à régner. Les étendues liquides se trouvent ainsi vivifiées à cause de la chaleur, de la manière que nous avons dite, et les « germes » se nourrissent pendant la nuit de la vapeur qui « se condense » et tombe de l’enveloppe, alors que pendant le jour la chaleur brûlante les solidifie.
À la fin, quand les embryons ont atteint leur pleine croissance et que leurs enveloppes recuites se fendent, toutes sortes d’espèces d’animaux viennent à éclosion. Ceux d’entre eux qui participent de la plus grande chaleur sont dotés d’ailes et s’élèvent vers les régions supérieures ; ceux dont le mélange est terreux se rangent dans la classe des reptiles et autres animaux terrestres ; et ceux qui participent le plus de la substance humide se rassemblent dans la région conforme à leur nature et reçoivent le nom d’animaux aquatiques. Comme la terre devient de plus en plus solide sous l’action du feu solaire et des vents, elle finit par n’être plus à même de donner la vie aux grands animaux, si bien que les animaux s’engendrent en s’accouplant.

 

 

 

[. . .]Telles sont les théories que nous avons reçues touchant la première génération du monde. Quant aux hommes primitifs, dit-on, ils menaient une vie désordonnée et sauvage, dispersés dans la campagne et se nourrissant des herbes les plus tendres et des fruits sauvages qui naissent spontanément sur les arbres. Et, comme ils avaient à subir les assauts des bêtes sauvages, ils se vinrent mutuellement en aide et, à l’école de la nécessité, sous l’effet de la crainte qui les réunissait, ils en vinrent peu à peu à reconnaître leurs différents caractères.

 
 

 Leur voix était d’abord indistincte et confuse ; puis peu à peu ils se mirent à articuler les mots et en firent des symboles convenus entre eux, propres à désigner chaque objet : ils se dotèrent ainsi d’un moyen universel de communication du sens. La présence de telles communautés dispersées sur toute la Terre habitée eut pour effet de donner naissance à des dialectes tous différents, chacune constituant au hasard son propre vocabulaire. C’est ce qui explique l’existence d’un si grand nombre de langues et le fait que c’est de ces premières communautés que descendent tous les peuples. Ainsi les hommes primitifs, ne disposant d’aucune des inventions utiles à la vie, menaient-ils une vie pénible, vivant nus, sans maison, sans feu, et sans songer le moins du monde à faire pousser de quoi se nourrir. Et, comme ils négligeaient de cueillir les fruits sauvages et d’en faire provision pour les temps de disette, un grand nombre d’entre eux périssaient, en hiver, de froid et de famine. Cependant, instruits peu à peu par l’expérience, ils cherchèrent pendant l’hiver refuge dans les cavernes et amassèrent les fruits susceptibles de se conserver. La connaissance du feu et des autres inventions utiles entraîna petit à petit l’invention des arts et de toutes les techniques susceptibles d’être utiles à la vie en communauté. Car, en somme, c’est la nécessité elle-même qui fut l’institutrice des hommes, servant en chaque occasion de génie familier et de guide à cet animal bien doué par la nature et qui possédait comme instrument apte à toutes choses des mains, un langage et une vive intelligence de l’âme. »

 
 

[Diodore de Sicile, Bibliothèque historique in Démocrite issu de Les Abdéritains, 1,7-8, tr. J.-P. Dumont, recueilli dans Les Présocratiques, 1991, p. 493-495].

 

 

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