Kant [59] La Raison séduite par ses succès en mathématiques dépasse ses limites et sort de son champ d’application : l’expérience sensible.

Publié le par Maltern

Kant [59] La Raison encouragée par ses succès en mathématiques dépasse ses limites et sort de son  champ d’application : l’expérience sensible.

 La « colombe légère » et Platon victimes d’une même illusion… : pouvoir se mouvoir dans le vide ( ! )

 
 

 

 

« La mathématique nous fournit un éclatant exemple de l’ampleur des progrès que nous pouvons faire a priori dans la connaissance, indépendamment de l’expérience. Le fait est qu’elle ne s’occupe certes d’objets et de connaissances que dans la mesure où ils sont tels qu’ils se peuvent présenter dans l’intuition.

 

Mais cette condition échappe facilement, parce que l’intuition mentionnée peut elle-même être donnée a priori, et par conséquent se distingue à peine d’un simple concept pur. Séduite par une telle preuve de la puissance de la raison, l’impulsion qui nous pousse à élargir nos connaissances ne voit pas de limites. La colombe légère, quand, dans son libre vol, elle fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait se représenter qu’elle réussirait encore bien mieux dans l’espace vide d’air. C’est ainsi justement que Platon quitta le monde sensible, parce que celui-ci impose à l’entendement de si étroites limites, et qu’il s’aventura au-delà de celui-ci, sur les ailes des Idées, dans l’espace vide de l’entendement pur.

 

Il ne remarqua pas que malgré tous ses efforts il n’avançait nullement, car il ne rencontrait rien qui s’opposât à lui et qui fût susceptible de lui fournir pour ainsi dire un point d’appui, sur lequel il pût faire fond et appliquer ses forces pour changer l’entendement de place. Au demeurant est-ce un destin habituel de la raison humaine dans la spéculation que d’achever aussi tôt que possible ce qu’elle édifie et de rechercher après coup seulement si le fondement nécessaire pour cela en est lui aussi bien établi. Mais, dès lors nous nous mettons en quête de toutes sortes d’excuses pour nous réconforter sur la solidité de cet édifice, ou même, de préférence, pour nous dispenser tout à fait d’un tel examen tardif et dangereux. »

 

Critique de la raison pure (1781), tr. A. Renaut, Paris, Flammarion, GF, 2001, p. 98-99.

Publié dans 14 - RAISON et le REEL

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