Kant [58] La métaphysique n’est pas une science : les Idées (ou concepts purs) de la raison et les catégories de l’entendement

Publié le par Maltern

~ Kant [58] La métaphysique n’est pas une science : les Idées (ou concepts purs) de la raison et les catégories de l’entendement

 Portant sur l’intégralité de l’expérience, les « Idées » de la raison ne sont peuvent être objet d’expérience.

 

 

 

« En dehors des concepts de la nature qui trouvent toujours leur application dans l’expérience, la métaphysique a encore affaire à des concepts purs de la raison, qui ne sont jamais donnés dans une quelconque expérience possible, donc à des concepts dont la réalité objective (le fait qu’ils ne sont pas de simples chimères) ne peut être confirmée ou décelée par aucune expérience, et à des affirmations dont la vérité ou la fausseté ne peuvent non plus être confirmées ni décelées par aucune expérience ; en outre, cette partie de la métaphysique est justement celle qui en constitue la fin essentielle, pour laquelle tout le reste n’est qu’un moyen, et ainsi cette science a besoin pour elle-même d’une déduction de ce genre.

 

La troisième question qui se propose maintenant à nous concerne donc, pour ainsi dire, le noyau et le caractère propre de la métaphysique, à savoir la préoccupation exclusive de la raison pour elle-même et la prétendue connaissance d’objets qui résulterait immédiatement de sa rumination sur ses propres concepts, sans qu’elle ait besoin à cet effet de la médiation de l’expérience, ni qu’en général elle puisse y parvenir par ce biais.

 
 

 Sans la solution de cette question, la raison ne se satisfait jamais elle-même. L’usage empirique auquel elle restreint l’entendement pur ne remplit pas toute sa destination propre. Chaque expérience particulière n’est qu’une partie de la sphère totale de son domaine, mais la totalité absolue de toute expérience possible n’est pas elle-même une expérience, et pourtant elle constitue pour la raison un problème nécessaire, dont la simple représentation nécessite des concepts tout différents de ces concepts de l’entendement pur dont l’usage est seulement immanent, c’est-à-dire portant sur l’expérience, dans la mesure où elle peut être donnée, tandis que les concepts de la raison portent sur l’intégralité, c’est-à-dire l’unité collective de toute l’expérience possible, et que, dépassant par là toute expérience donnée, ils deviennent transcendants.

 
 

 Ainsi, de même que l’entendement avait besoin des catégories pour l’expérience, de même la raison contient en soi le fondement pour des idées, par quoi j’entends des concepts nécessaires dont l’objet cependant ne peut être donné dans une expérience. Ces idées se trouvent placées dans la nature de la raison tout aussi bien que les catégories dans la nature de l’entendement, et si elles comportent une apparence qui peut facilement séduire, cette apparence est inévitable, quoique l’on puisse fort bien empêcher « qu’elle ne pervertisse ».

 

Comme toute apparence consiste à tenir pour objectif le fondement subjectif du jugement, la connaissance de la raison pure par elle-même dans son usage transcendant (débordant) sera l’unique barrière contre les égarements dans lesquels elle tombe quand elle se méprend sur sa destination, et rapporte de façon transcendante à l’objet en soi ce qui ne concerne que son propre sujet et la conduite de celui-ci en tout usage immanent. »

 
 

 [Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science, 1783]

Publié dans 14 - RAISON et le REEL

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