Note sur la Conscience et le Sujet : le Je et le Moi

Publié le par Maltern

Note sur la Conscience et le Sujet : le Je et le Moi

  

 

 

►La subjectivité une double séparation : soi/les choses et je/ moi :

 

 - Distance aux choses : (sujet/objet) Le fait pour l’homme d’être conscient (cum scientia = accompagné de savoir) entraîne qu’il n’est pas simplement dans le monde, choses parmi les choses mais devant le monde, c’est à dire séparé de lui.

 

Un monde à comprendre, juger et transformer par le travail. Penser et agir sur un monde dont on est « témoin » et « acteur ». Nous ne sommes pas ce que nous percevons mais sujet percevant. Nous avons une double existence : objet du monde (matériellement) et sujet (spirituellement), / dans la dimension théorique (connaître) et pratique (agir sur...) / extériorité comme « objet du monde » et intériorité, comme sujet connaissant et agissant qui adapte, transforme et se reconnaît comme agent de transformation du monde. Je prends conscience de mon « être à part » des choses dans l’action qui transforme et porte ma marque de sujet.

 

 
Hegel : Je sais que je suis comme transformateur des choses extérieures
(un « Cogito pratique ») Je me reconnais comme « sujet » et non objet :

 

 
« Ce besoin de modifier les choses extérieures est déjà inscrit dans les premiers penchants de l’enfant; le petit garçon qui jette des pierres dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l’eau, admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle de sa propre activité. »

 

 [Hegel, Esthétique, 1835, P.U.Fpuf 21-22)

 

 HEGEL GEORG WILHELM FRIEDRICH 1770-1831 [32] La conscience de soi pratique : se reconnaître dans ses œuvres et ses actions. L’enfant qui lance des cailloux dans l’eau.

 

► Que j’ai conscience de mes pensées, perceptions, ou de mes actes ne veut pas dire que je me connaisse moi. Distinguer les questions :

 

- Que je suis (conscience de son existence ?)

 

- Ce Que je suis, (quelle Nature l’Homme en général ?)

 

- Ce Que j’éprouve en Moi (ma vie intérieure dans la durée)

 

- Qui je suis (mon identité personnelle)

 

Bien déterminer par exemple le sens du fameux « connais-toi toi-même » de Socrate.

 

 
L’Expérience du remords et celle de la souffrance de la conscience morale en général, c’est se tenir à distance. « Je me pense. » Un dédoublement réflexif et en même temps la garantie d’une permanence de mon identité de sujet. (Rt : si Je était un autre sans cesse, alors je ne me sentirais pas responsable ni coupable…) Je ne suis pas totalement ce Moi contradictoire et divers puisqu’il y a un Je qui me juge. Dans cette mesure la conscience de Soi, de son Identité n’est pas un donné mais une tâche, une construction, je forge mon Identité, lutte pour la conserver (choix, autonomie) et elle est fondamentalement conscience morale (au sens ou il y a jugement d’appréciation et action)

Mais on peut discuter de cette thèse Cf. le pb. de l’inconscient freudien qui pose le pb de la responsabilité : d’où le débat :

 

Freud [02]) Trois blessures narcissiques infligées par la science à l’humanité : Evolution, Héliocentrisme, psychanalyse : avec la fameuse formule « le moi n’est pas maître dans sa propre maison… » il s’agit de l’homme « normal »

 

~ Freud [32] L’âme sous estime la force des pulsions le problème de l’aliénation est ici posé

Avec la réponse d’Alain

ALAIN : CHARTIER ÉMILE dit…1868-1951 [38] Croire en un psychisme inconscient c’est « transformer en signes de simples mouvements du corps ».


et la réduction de toute conscience à la conscience morale...

Alain [39] La distinction conscience morale conscience psychologique ne résiste pas à l’analyse. « Toute conscience est d’ordre moral » étant action et jugement.

 

Kant : Le Pouvoir de dire "Je", marque spécifique de l’homme (répondre de soi en Personne)

« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est seule et même personne, c’est à dire un être entièrement différent, par le rang et la dignité de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer sa guise.[…] »

 

 
[Kant Anthropologie du point de vue pragmatique 1798 p 17]

 

Kant [34] Le pouvoir de dire « Je » confère à l’homme le statut d’une personne et l’élève au-dessus de tous les autres vivants.

 

►Descartes et le moment du Cogito : En mettant l’homme à distance de soi, quelle est cette instance qui rend possible la conscience de soi ? Si j’essaie de saisir ce que je suis, - mon être, - indépendamment de ce que j’éprouve au fil du temps, - mes vécus-, qu’est-ce que je saisis ? Le fameux « connais-toi toi-même » est la question de l’essence ou de la nature humaine posée par l’Oracle de Delphes à Socrate. Lequel à la fin de son enquête se rend compte qu’il n’en sait rien, « je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien » et que les ceux qui sont sensés avoir cette connaissance sont aussi ignorants, et même plus ignorants que lui car eux « croient » savoir et ne savent rien. Socrate lui, dans la reconnaissance de son ignorance et sa dénonciation des faux savoirs est plus « proche » de la vérité. (Thème de l’ignorance savante ( ! ) opposée à l’illusion croyante)

 

Descartes [31] L’être du sujet : « une chose qui pense » [sujet, conscience]

et bien entendu la référence au Discours de la méthode où vous avez un sommaire analytique avec des liens directs aux passages concernés

DESCARTES René 1596-1650 [A01] Rationalisme cartésien : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences.

- « Je pense donc je suis… une chose dont toute la nature est de penser… »

 

 

- Avec le Cogito cartésien : être conscient ce n’est plus seulement ne pas être victime des illusions, (condition négative du savoir). La conscience acquiert une positivité dans la construction du savoir vrai. Après la mise entre parenthèse radicale de toute croyance par le doute volontaire, la conscience en se saisissant elle-même (intériorité) dans l’acte de douter ( qui est une forme de pensée parmi d’autres) se saisit comme existence, comme être indubitable.

 

 Attention à un contresens possible : il ne s’agit pas d’une certitude psychologique (je pourrais en douter comme de toutes les certitudes sensibles) mais d’une évidence métaphysique qui ne dépend pas de moi. Si l’on s’en tient à cette étape du moment du Cogito, dire « que je suis » ce n’est pas connaître ma Nature d’homme, ni « qui je suis » Moi en particulier. C’est simplement être assuré qu’en pensant je suis et pour autant que je pense. Descartes pose ainsi l’identité du sujet et d’une substance pensante séparé du corps substance matérielle : c’est le dualime âme-corps.

 

- Et Je suis une « chose » qui pense le Moi substance : passage du Je à la détermination de la nature du Moi. Un moi essentiel et non individuel et accidentel. [par essence # par accident]

 

 

 

« Examinant avec attention ce que j’étais, et voyant que je pouvais feindre que je n’avais aucun corps, et qu’il n’y avait aucun monde, ni aucun lieu où je fusse ; mais que je ne pouvais pas feindre, pour ce la que je n’étais point ; […] je connus de là que j’étais une substance dont toute l’essence ou la nature n’est que de penser, et qui, pour être n’a besoin d’aucun lieu, ni ne dépend d’aucune chose matérielle. En sorte que ce moi, c’est à dire l’ âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu’elle est plus aisée à connaître que lui, et qu’encore qu’il ne fût point, [le corps…] elle ne laisserait pas d’être tout ce qu’elle est. »

 

 
► Kant : L’activité unifiante du Je est la condition de possibilité de la conscience de l’identité de mon Moi et de l’unité de mes représentations du monde.

 

 

 

[Point Vocabulaire :

 

Condition de possibilité ? = a priori = avant toute expérience de la conscience avec un objet quel qu’il soit ; ce qui est a posteriori c’est le contenu de l’expérience.

 

Activité unifiante ? = une activité de synthèse puisqu’elle lie ente elles mes représentations ex comment percevoir le mouvement ?

 

Je transcendantal ? = le transcendantal est ce qui dépasse l’expérience, et la dépasse en ce sens que ce n’est pas un contenu de l’expérience, mais ce qui la rend possible, une antériorité logique. Si ce Je est transcendantal, est-il connaissable ? Non, il faut le postuler, il reste inconnu mais condition de la connaissance, et c’est là la différence d’avec le moi empirique qui lui est dans l’expérience, connaissable]

 
Kant opère une critique de Descartes : il ne fait pas de la conscience une substance, et l’identité du moi substance n’est pas connue comme un point de départ, elle n’est pas donnée dans la pensée, elle est le produit d’une activité de synthèse de la pensée. Cette activité est celle du Je transcendantal qui permet de penser le Moi empirique et ses contenus. Le monde extérieur des phénomènes, tout comme le monde intérieur de ma subjectivité n’est pensable que relié (synthèse = liaison) à la conscience que c’est « Je » qui pense « ce qui est pensé » (ie. ce qui affecte le Moi)

 

Pourquoi cette position d’un je transcendantal opérant une synthèse a priori ? [on dit également « synthèse originaire » ou « apperception originaire »] Réfléchissons : quand je dis que je suis un Moi « identique » (au lever ce matin le même être qu’hier soir au coucher…) , ou que j’identifie un objet quelconque dans ma perception, cela suppose un « pouvoir » préalable d’identification.

Or qu’est-ce qu’identifier sinon juger que sont identiques des objets perçus en des temps et des lieux différents, sous des angles différents ? Ma mémoire et l’imagination comparées à la perception présente. Une telle opération suppose que ces représentations soient rapportées, reliées, à une conscience de soi un « je pense », - explicite ou non, qui les accompagne et permet de porter ce jugement « c’est identique », ou « c’est différent ». Ce point de vue d’où je juge ce qui affecte le Moi, toujours divers dans le flux des états spatio-temporels de conscience c’est ce que Kant appelle le « je transcendantal » qui est un pur pouvoir de synthèse. « Originaire », ou « pur » (synonymes) c’est à dire que je ne le « connais » pas dans une représentation concrète, dans ma conscience, car il est la condition de mes représentations conscientes, leur assurant une cohérence, me permettant de les identifier.
 

Distinguo Je / Moi : C’est ainsi qu’on peut distinguer un « Je transcendantal », pensable mais non connaissable puisqu’il est pur pouvoir de synthèse des intuitions données dans la conscience, il est activité qui rend toute connaissance possible, et un Je empirique qu’on préfère nommer « Moi empirique » pour bien distinguer, et qui lui, est connaissable, et contient toutes la diversité des intuitions données par ma sensibilité.

 

 

 

Ces intuitions de la sensibilité sont :

 

 

 

- soit les intuitions pures de l’espace et du temps : (qui dit pures, dit a priori. Elles rendent possible, ou si l’on préfère,sont conditions de toute perception elles en sont la forme)

 

- soit les intuitions empiriques qui proviennent :

 

a/ des cinq sens, (sens externes),

 

b/ de l’imagination qui est l’intuition de l’objet en son absence, (le rappel)

 

c/ du sens interne (ou dans certaines traduction « intime ») qui n’a pas d’organe propre mais qui est cette possibilité qu’a l’esprit d’éprouver ses propres états dans le temps, selon la succession ou la simultanéité.

 

Les sens externes pense les objets hors de nous et dans l’espace, le sens interne éprouve son état interne dans le temps (exemple éprouver un sentiment, imaginer)

 

 

 

A contrario : et si cette " synthèse originaire" du "Je pense" transcendantal dans toute représentation n’existait pas ?

 

 

 

1/ Je m’émietterais en autant de Moi (s) divers que de représentations qui m’affectent, sans identité dans le temps. " J’aurais un moi aussi divers et d’autant de couleurs qu’il y a de représentations dont j’ai conscience. " Pas de conscience d’être un sujet ayant une identité, une permanence.

 

 

 

2/ Les représentations d’objets que j’aurais seraient « incohérentes » : comment les identifier et reconnaître si ce n’est sur le sol d’identité et de continuité d’un « Je pense » présent (soit implicitement : conscience spontanée ; soit explicitement conscience réfléchie) dans les représentations qui affectent le Moi empirique et permet de les identifier, c’est-à-dire comparer, distinguer, en un mot : « reconnaître » ? Toute représentation serait « vision » unique, successive nouveauté, présence insignifiante.

 

 

 

3 / Il y a donc une double fondation :

 

- de l’objet par le sujet : les représentations d’objets singuliers à l’extérieur de moi ou de concepts comme ceux des mathématiques supposent un travail de synthèse, de liaison de la diversité sensible par l’entendement qui juge, identifie.

 

- du sujet par les représentations d’objets : il saisit son existence (dans cette activité : je sais que je suis) il se saisit comme identité.

 

 

 

« Dans les diverses modifications intérieures de son esprit peut-on dire que l’homme, s’il est conscient de ses modifications, est toujours le même, en se qui concerne son âme ? Question absurde, car il ne peut être conscient de ces changements que parce qu’il se représente dans ses différents états comme un seul et même sujet, et si en l’homme, le Je est double selon la forme (le mode de représentation), il ne l’est pas dans sa substance. »

 

[Kant, Anthropologie d’un point de vue Pragmatique. p22]

 
 
 

Pour conclure ►Le sujet comme objet de connaissance : que toute conscience de soi n’est pas connaissance de soi.

 

Il faut bien un Je pour penser l’identité du Moi au-delà des Moi divers dans le temps, mais ce Je n’est pas en lui-même connaissable... Acte d’unification, en « surplomb », il est pur « Sujet » qui ne peut prendre conscience de lui que dans une conscience de quelque chose d’Autre et dans cette activité. Ce qui amène à poser que la conscience de soi n’est pas et ne peut être "connaissance de soi"

 

 

 

La conscience que je suis n’est pas la connaissance de soi (ma nature critique du Cogito cartésien) : " J’ai conscience de moi-même, - dans la synthèse transcendantale du divers des représentations en général, par conséquent dans l’unité synthétique originaire de l’aperception, - non pas tel que je m’apparais, ni tel que je suis en moi-même, mais seulement conscience que le suis. Cette représentation est une pensée, et non une intuition.(...) Je n’ai donc aucune connaissance de moi tel que je suis, mais je me connais seulement tel que je m’apparais à moi-même. La conscience de soi-même n’est donc pas encore, il s’en faut, une connaissance de soi-même."

 
 

[Kant, C.R.P.. pp 135-36]

 
 

Peut-on se connaître ?

 

1 / Si par ce soi j’entends le Je, le « sujet transcendantal », ce « Je pense » qui doit pouvoir accompagner mes représentations,

 

alors, il est « pensable » mais reste inconnaissable, au-delà des limites de la connaissance possible, puisqu’il la fonde.

 
 

2 - Si par ce soi j’entends le Moi empirique, mon individualité,

 

alors, comme tout objet de connaissance il sera le résultat de ce que j’éprouve et de ce que j’en pense.(penser = juger) Notre connaissance comme toute connaissance est « limitée ». Nous connaissons ce qui nous apparaît de nous dans nos expériences : on ne peut prétendre se connaître absolument, ce serait prétendre atteindre une chose-en-soi, alors que notre faculté de connaître est limitée aux phénomènes donnés dans l’expérience et ses deux sources :

 
 

a/ la sensibilité qui donne la matière des intuitions et leur forme a priori dans le temps et l’espace et…

 


b/ l’entendement qui met en forme en jugeant.

 

Par ailleurs, connaître absolument ce moi empirique supposerait qu’il ait accompli son temps. Comme toute connaissance la connaissance de soi ainsi entendue est sujette aux causes d’erreurs habituelles mais plus particulièrement à l’erreur passionnelle de l’amour de soi qui altère le jugement qu’on porte sur soi.








 
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