Sartre[26] la Censure supposant une concience, l’inconscient freudien n’est donc qu’une figure de la mauvaise foi

Publié le par Maltern

φ* Sartre[26] la Censure supposant une concience,  l’inconscient freudien n’est donc qu’une figure de la mauvaise foi

 

 « Si en effet nous repoussons le langage et la mythologie chosiste[1] de la psychanalyse nous nous apercevons que la censure[2], pour appliquer son activité avec discernement, doit connaître ce qu’elle refoule. Si nous renonçons en effet à toutes les métaphores représentant le refoulement comme un choc de forces aveugles[3] , force est bien d’admettre que la censure doit choisir et, pour choisir, se représenter.

 

D’où viendrait, autrement, qu’elle laisse passer les impulsions sexuelles licites, qu’elle tolère que les besoins (faim, soif, sommeil) s’expriment dans la claire conscience? Et comment expliquer qu’elle peut relâcher sa surveillance, qu’elle peut même être trompée par les déguisements[4] de l’instinct[5] ? Mais il ne suffit pas qu’elle discerne les tendances maudites, il faut encore qu’elle les saisisse comme à refouler, ce qui implique chez elle à tout le moins une représentation de sa propre activité.

 

 

 

En un mot, comment la censure discernerait-elle les impulsions refoulables sans avoir conscience de les discerner ? Peut-on concevoir un savoir qui serait ignorance de soi ? Savoir, c’est savoir qu’on sait, disait Alain. Disons plutôt: tout savoir est conscience de savoir. Ainsi les résistances[6] du malade impliquent au niveau de la censure une représentation du refoulé en tant que tel, une compréhension du but vers quoi tendent les questions du psychanalyste et un acte de liaison synthétique[7] par lequel elle compare la vérité du complexe refoulé à l’hypothèse psychanalytique qui le vise.

 

Et ces différentes opérations à leur tour impliquent que la censure est consciente de soi. Mais de quel type peut être la conscience de soi de la censure? Il faut qu’elle soit conscience d’être conscience de la tendance à refouler, mais précisément pour n’en être pas conscience. Qu’est-ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi[8] ? La psychanalyse ne nous a rien fait gagner[9] puisque, pour supprimer la mauvaise foi, elle a établi entre l’inconscient et la conscience une conscience autonome[10] et de mauvaise foi. »

 

 

 

L’Être et le Néant (1943), Tel, Gallimard, p. 88.

 

 Pour travailler ce texte : lecture analytique et questions (préparation au 3ème sujet)

 

 

 


[1] Une fable qui transforme en choses des réalités de l’ordre de l’esprit. Ex Narcisse l’amour de soi, Athéna la justice etc.

[2] Dans la seconde Topique l’instance psychique inconsciente qui opère la censure est le Surmoi

[3] L’inconscient freudien est une conception dynamique de l’appareil psychique (δυναμις = force cf dynamo, dynamomètre etc.)

[4] Les tendances refoulées sont déguisées dans le travail du rêve par exemple, pour pouvoir  franchir la censure,ainsi déguisées elles seront des symboles, ou des « représentant des pulsions ou désirs » dira Freud, pour distinguer des désirs à visage découverts.  

[5] La libido, sans doute, puisque c’est la pulsion centrale. Mais Sartre aurait pu dire aussi bien pulsions ou désirs.

[6] Lors de la cure le patient manifeste des « résistances » (rire, agressivité, retards, oublis etc.) quand l’analyste touche à des thèmes liés à ce qui a été refoulé.

[7] Même Sartre…  est capable de pléonasme ! Synthétiser veut dire lier…

[8] La bonne foi est la sincérité

[9] Alors que Freud affirme qu’une des légitimations de la psychanalyse est un gain de sens. Donner du sens à ce qui est incompréhensible.

[10] Elle postule en effet un « travail » et donc une forme d’activité consciente « indépendante » de la conscience claire.

 


Publié dans 04- L'inconscient

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