Alain [35] L’inconscient méprise sur le moi et idolâtrie du corps.Critique de Freud.

Publié le par Maltern

 φ Alain [35] L’inconscient méprise sur le moi et idolâtrie du corps Critique de Freud.

 

« L’homme est obscur à lui‑même; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensée en nous sinon par l’unique sujet, je; cette remarque est d’ordre moral : Il ne faut point se dire qu’en rêvant on se met à penser. Il faut savoir que. la pensée est volontaire; tel est le principe des remords ‑ “ Tu l’as bien voulu ! ” On dissoudrait ces fantômes en se disant simplement que tout ce qui n’est point pensée est mécanisme, ou, encore mieux, que ce qui n’est point pensée est corps. C’est‑à‑dire chose soumise à ma volonté; chose dont je réponds [...]. L’inconscient est une méprise sur le Moi, c’est une idolâtrie du corps. On a peur de son inconscient; là se trouve logée la faute capi­tale. Un autre Moi me conduit qui me connaît et que je connais mal. On s’amuse à faire le fou. Tel est ce jeu dangereux. On voit que toute l’erreur ici consiste à gonfler un terme technique, qui n’est qu’un genre de folie [...]. Au contraire, vertu, c’est se dépouiller de cette vie prétendue, c’est partir de zéro. “ Rien ne m’engage. ” “ Rien ne me force. ” “ Je pense donc je suis. ” Cette démarche est un recommence­ment. je veux ce que je pense, et rien de plus.

 

En somme il n’y a pas d’inconvénient à employer couramment le terme d’inconscient; c’est un abrégé du mécanisme. Mais, si on le grossit, alors commence l’erreur; et, bien pis, c’est une faute.

 

 

 

[Alain, Eléments de Philosophie, Gallimard, 1941, PP. 231‑232.]

Publié dans 04- L'inconscient

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