Thomas D’Aquin 1225-1274 [01] Dieu est ontologiquement notre premier objet de connaissance

Publié le par Maltern

φ Thomas D’Aquin 1225-1274 [01] Dieu est ontologiquement notre premier objet de connaissance

 

« Objections : 1. Il semble que Dieu soit ce qui est connu d’abord par l’esprit humain. En effet, ce en quoi tout le reste est connu, et au moyen de quoi nous en jugeons, est notre premier objet de connaissance ; comme la lumière pour l’œil, comme les premiers principes pour l’intelligence. Or c’est dans la lumière de la vérité première que nous connaissons toutes choses, et que nous en jugeons, dit saint Augustin. Dieu est donc pour nous le premier objet de connaissance.

 

 

 

2. « Ce qui fait qu’une chose est telle l’est lui-même encore davantage. » Or Dieu est la cause de toutes nos connaissances. Il est en effet « la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde », selon saint Jean (1, 9.) Dieu est donc pour nous le premier et le plus haut objet de connaissance.

 

 

 

3. Ce qui est connu premièrement dans une image, c’est le modèle sur lequel l’image est formée. Or notre esprit est à l’image de Dieu. Donc ce qui est connu d’abord dans notre esprit, c’est Dieu.

 

En sens contraire, « Dieu, personne ne l’a jamais vu », dit saint Jean (1, 18).

 

 

 

Réponse : Puisque l’intelligence humaine ne peut, dans la vie présente, connaître les substances immatérielles créées, on vient de le voir, elle pourra bien moins encore connaître l’essence de la substance incréée. Il faut donc affirmer absolument que Dieu n’est pas pour nous le premier objet connu, mais bien plutôt que nous parvenons à le connaître au moyen des créatures, selon saint Paul (Rm 1, 20) : « Les perfections invisibles de Dieu sont rendues visibles à l’intelligence au moyen de ses œuvres. » Mais ce qui est connu premièrement par nous, dans la vie présente, c’est l’essence de la réalité matérielle, qui est l’objet de notre intelligence, comme nous l’avons affirmé bien des fois.

 

 

 

Solutions : 1. Nous connaissons et jugeons toutes choses à la lumière de la vérité première, pour autant que la lumière même de notre intelligence, possédée par nature et par grâce, n’est rien d’autre qu’un reflet de cette vérité première, comme nous l’avons dit antérieurement. Or la lumière de notre intelligence n’est pas pour elle un objet, mais un moyen de connaissance. Donc, Dieu est bien moins encore pour notre intelligence le premier objet connu.

 

 

 

2. Ce principe ne s’applique, comme on l’a dit, qu’à des réalités du même ordre. Or Dieu est cause de tout ce qui est connu, non comme premier objet de connaissance, mais comme cause première de toute faculté connaissante.

 

 

 

3. S’il y avait en notre âme une image parfaite de Dieu, de même que le Fils est l’image parfaite du Père, notre esprit connaîtrait Dieu immédiatement. Mais cette image est imparfaite. Donc le raisonnement ne vaut pas. »

 

 

 

[Saint Thomas, Somme théologique, 1266-1273, question 88, art. 3, Paris, Cerf, 1985]

 

 

Publié dans 12 - Religion

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