♎ La question du port du foulard islamique à l'école : analyse de Paul Ricoeur et M. Canto-Sperber

Publié le par Maltern

[En 2003 un vaste débat a lieu sur le port du foulard Islamique à l'Ecole à l'occasion d'un projet de loi visant à l'interdire. Ce cas pose le problème du principe de laïcité dans les états démocratiques et surtout des moyens de l'appliquer sans remettre pour autant en cause le principe de la liberté d'expression religieuse. A cette occasion Paul Ricoeur et Monique Canto-Perber sont intervenus dans une tribune du quotidien Le Monde, pour problématiser la question et proposer des solutions.]

Une laïcité d’exclusion est le meilleur ennemi de l’égalité

par Monique Canto-Sperber et Paul Ricœur



"Les arguments qui plaident en faveur d’une telle loi sont bien connus. Ils visent à montrer que la loi est nécessaire pour des raisons de principe.

Il faut préserver l’école des appartenances religieuses en affirmant haut et fort qu’elle est un lieu de neutralité, où nul ne doit se singulariser en fonction de sa religion. Par ailleurs, l’école ne peut admettre aucun signe, tel le foulard, qui distinguerait les femmes et symboliserait leur statut d’infériorité par rapport à l’homme.

D’autres arguments portent sur les conséquences. Ils soulignent qu’il faut agir avant que la situation ne devienne incontrôlable. Une interdiction suscitera sans doute un ajustement des comportements. Si le foulard, la kippa ou la croix visible sont interdits à l’école, les enfants, et leurs familles, sauront qu’il est inutile de chercher à créer un rapport de force.

D’autres arguments enfin ont trait aux moyens d’action. Seule une loi peut donner l’autorité nécessaire à l’affirmation des valeurs laïques et un cadre clair aux décisions des chefs d’établissement : ces derniers ne feront qu’appliquer la loi.

Sur le bord opposé, réticent à l’égard d’une telle loi, les arguments sont plus hétérogènes. Certains contestent le principe même d’une interdiction. D’autres, qui ne sont pas nécessairement hostiles à une telle interdiction, considèrent toutefois que la loi n’est pas le meilleur moyen de la mettre en œuvre. C’est le scepticisme à l’égard des effets dissuasifs des interdictions, surtout quand leur légitimité est incertaine, qui caractérise ce point de vue. Le souci aussi de ce que deviendront les enfants exclus de l’école. Reconnaître la force du principe de laïcité ne dispense pas de s’interroger sur l’interprétation à en donner et sur les conditions de son application. Dans la mesure où cette position prend acte de la difficulté qu’il y a à accorder, dans nos sociétés, les principes de laïcité et de neutralité avec celui de libertés, il vaut la peine de détailler les raisons qui la justifient. [...]"

La suite de l'article et une carte conceptuelle sont disponibles au lien ci-dessous


La question du Foulard islamique Ricoeur Canto-Sperber :













Commenter cet article