∞ La relique et l’image sont-elles des séductions ou des médiations vers le divin ?

Publié le par Maltern

La relique et l’image sont-elles des séductions ou des médiations vers le divin ?

 
 

Concile de Trente : Décret sur l’invocation, la vénération et les reliques des saints, et sur les saintes images (1563)

 
 
 

[Le concile de Trente se composa de trois séances.( de 1545 à 1549 ; 1551 à 1552, et 1562 à 1563.

 

Devant les progrès rapide de la Réforme en Europe, l’Église romaine sent la nécessité de changements dans les institutions et les pratiques religieuses. On reconnaît l’existence d’excès au sein des cérémonies religieuses : débauches à l’occasion des fêtes des saints, pratiques idolâtres ou représentations mythologiques scabreuses, dans les lieux de culte. En 1562, sous l’ordre de Pie IV, les travaux portent sur les arts et les lettres. Jusque là l’Eglise avait toléré les thèmes peu compatibles avec la doctrine par ex. les dieux du paganisme coexistant avec les personnages de l’Évangile. La présence d’Ulysse ou d’Apollon pouvait préfigurer la venue du Christ, mais elle suscite ambiguïtés, qui relativisent le message évangélique. A cette séduction du mélange des genres, les théoriciens du concile substituent le pouvoir persuasif des représentations : les effets de cette nouvelle éloquence muette. Interdiction du nu dans les églises, précisions sur disposition des personnages. Rome est moins puissante et ne peut plus se montrer aussi libérale. La Réforme exige des redéfinitions du décorum : on avait vivement critiqué Le Jugement dernier de Michel-Ange (l’Arétin et Dolce) L’heure est venue où il faut préciser ses positions. Paradoxalement ces restrictions donnèrent aux artistes une nouvelle inventivité et de nouvelles formes de sensibilité et d’émotion esthétique]

 
 
 
 
 

« Le Saint Concile enjoint à tous les évêques que, selon l’usage de l’Église catholique et apostolique, reçu dès les premiers temps de la religion chrétienne, et selon le sentiment unanime des saints Pères et les décrets des saints conciles, ils instruisent diligemment leurs fidèles particulièrement sur l’intercession des saints, la prière qu’on leur adresse, les honneurs rendus aux reliques et le légitime usage des images.

 

Qu’ils leur apprennent que les saints qui règnent avec le Christ offrent à Dieu leurs prières pour les hommes; qu’il est bon et utile de les invoquer humblement et, pour obtenir des bienfaits de Dieu par son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, qui seul est notre Rédempteur et Sauveur, de recourir à leurs prières, à leur aide et à leur assistance.

 

Ceux qui nient qu’on doive invoquer les saints qui jouissent dans le ciel de la félicité éternelle; ou qui affirment que ceux-ci ne prient pas pour les hommes; ou que les demandes qu’on leur adresse de prier pour chacun de nous sont de l’idolâtrie; ou que c’est chose contraire à la parole de Dieu et opposée à l’honneur de Jésus-Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes; ou que c’est sottise de supplier vocalement ou mentalement ceux qui règnent dans les cieux. Tous ceux-là ont des pensées impies.

 
 
 

Les fidèlesdoivent aussi vénérer les saints corps des martyrs et des autres saints qui vivent avec le Christ; ils ont été des membres vivants du Christ et le temple du Saint-Esprit (1 Co. 3, 16; 6,19; 2 Co 6,16) et seront ressuscités et glorifiés par lui pour la vie éternelle. Par eux Dieu accorde de nombreux biens aux hommes.

 

Ainsi, que ceux qui affirment qu’on ne doit ni honneur ni vénération aux reliques des saints; ou que c’est inutilement que les fidèles les honorent ainsi que les autres souvenirs sacrés; que c’est en vain que les fidèlesvisitent les lieux de leur martyre pour obtenir leur aide, tous ceux-là doivent être condamnés, comme l’Église l’a déjà fait autrefois et le fait encore aujourd’hui.

 
 
 

De plus, on doit avoir et garder notamment dans les églises les images du Christ, de la Vierge, mère de Dieu, et celles des saints, en leur rendant l’honneur et la vénération qui leur sont dus. Non qu’on croie qu’il y a en elles du divin ou quelque vertu qui justifiaient leur culte, ou qu’on doive leur demander quelque chose, ou qu’on doive mettre fermement sa confiance dans les images, comme il arrivait autrefois aux païens qui mettaient leur espérance dans les idoles (Ps 135, 18), mais parce que l’honneur qu’on leur rend remonte aux modèles originaux qu’elles représentent. Ainsi, à travers les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons et nous nous prosternons, c’est le Christ que nous adorons, et les saints, dont elles portent la ressemblance, que nous vénérons. Ceci a déjà été défini par les décrets des conciles, notamment le concile de Nicée, contre ceux qui attaquaient les images.

 
 
 

Si des abus s’étaient glissés dans ces saintes et salutaires pratiques, le saint concile désire très vivement les voir totalement abolies. Il ne faut exposer aucune image porteuse d’une fausse doctrine, qui donne aux gens simples l’occasion d’une erreur dangereuse.

 

Si quelquefois on représente en images les histoires que raconte la sainte Écriture, ce qui peut être utile pour une masse peu instruite, on enseignera au peuple qu’elles ne représentent pas pour autant la divinité, comme si on pouvait la percevoir des yeux du corps ou l’exprimer par des couleurs et des formes.

 

Toute superstition devra être absente de l’invocation des saints, toute recherche d’un gain malhonnête devra être éliminée, enfin toute indécence évitée. Ainsi les images n’auront ni à être peintes ni à être ornées d’une beauté profane provocante.

 

Les fidèles, quand ils célébreront les saints et visiteront les reliques, n’en feront pas abusivement des occasions de gloutonnerie ou d’ivresse, comme si les jours de fêtes où l’on honore les saints devaient être passés dans la débauche et les débordements. Enfin les évêques devront veiller à ces choses avec grande diligence et grand soin pour que rien de désordonné, rien qui ait l’air intempestif et tumultueux, rien de déshonnête ne se produise, puisque c’est la sainteté qui convient à la maison de Dieu (Ps 93, 5).

 
 
 

Pour que ces prescriptions soient très fidèlement observées, le saint concile décide qu’il n’est permis à personne de placer ou faire placer en aucun lieu ou église une image inhabituelle, si elle n’a été approuvée par l’évêque. On ne reconnaîtra pas de nouveaux miracles, on ne recevra pas de nouvelles reliques sans l’examen et l’approbation de l’évêque. S’il apprend que ce genre de choses se produit, il fera, après avoir pris conseil de théologiens et d’autres hommes pieux, ce qu’il jugera conforme à la piété et à la vérité.

 
 
 

S’il se rencontre un abus douteux ou difficile à extirper, ou qu’un plus grave problème se présente sur ce sujet, avant de dirimer la controverse, l’évêque attendra l’avis du métropolitain et des évêques de sa province, en sorte toutefois que rien de nouveau ou d’inusité dans l’Église ne soit décrété sans que l’on ait consulté le Souverain Pontife romain. »

 
 
 

[In : Textes doctrinaux sur la foi catholique, éd. G. Dumiège, Paris, 1975]

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