☼ Jacques Le Goff : Diabolisation de la « gesticulation » et fabrique du corps chrétien au moyen age.

Publié le par Maltern

Jacques Le Goff : Diabolisation de la « gesticulation » et fabrique du corps chrétien au moyen age.

 

Comment l’Eglise classe la « gesticulation » dans le diabolique et fabrique un corps chrétien occidental orienté dans le triple « bon sens » du haut, de l’intérieur et du modéré…

 

 

 

[Les gestes du purgatoire. Dès les origines les chrétiens en priant pour leurs morts pensent possible une rémission des péchés après la mort. Le temps le lieu et les modalités de cette « purgation » restent dans le vague jusqu’à la fin du XIIè où apparaît le mot « purgatorium » Cette naissance s’insère dans une mutation des mentalité et sensibilités : le remaniement de la géographie de l’au-delà marque un renouvellement des rapports entre la société des vivants et celle des morts. Jacques Le Goff et J.-Claude Schmitt mènent dans le cadre de l’ Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales une recherche sur le contrôle idéologique des gestes par l’ Eglise dans l’Occident médiéval]

 

 

 

« Nous avons déjà repéré une certaine conjoncture de l’attention aux gestes dans l’Occident médiéval et la constitution aux XIIème-XIIIème siècles d’un système de contrôle idéo­logique des gestes par l’Église. Le premier texte théorique important à cet égard est le De eruditione novitiorum du grand théologien Hugues de Saint-­Victor, vers 1130[1]. Nos recherches nous conduisent à penser que le christia­nisme du haut Moyen Âge a considéré la gesticulation comme suspecte et le mot même de gestus a subi une éclipse entre le Vè et le XIIè siècle. Geste fait surtout penser à deux domaines abhorrés par les chrétiens qui y menaient un combat vigoureux contre les survivances païennes: celui du théâtre, celui de la possession diabolique. Les spécialistes du geste, mimes ou possédés, étaient des victimes ou des suppôts de Satan. La milice du Christ était dis­crète, sobre dans ses gestes. Et l’armée du Diable gesticulait.

 

 

 

Aux alentours de 1190 un cistercien anglais écrivit un traité qui joua un grand rôle dans la naissance et la diffusion du Purgatoire, le Purgatoire de saint Patrick. C’est l’histoire d’une aventure, d’une croyance, d’une pra­tique qui se situent dans une île, Station Island, au milieu d’un lac, le Lough Derg (le lac Rouge), dans le nord de l’Eire actuelle, tout près de la frontière de l’Irlande britannique du Nord. Ce traité est dans une longue suite de visions, de voyages imaginaires dans l’au‑delà inspirés par la littérature apocalyptique judéo‑chrétienne et fortement marqués par Bède, au début du VIIIe siècle, le premier où le Purgatoire est expressément nommé et constitue un lieu spécifique, séparé, dans l’au‑delà. Rédigé en latin, le Purgatorium Sancti Patricii sera tout de suite traduit en français par la célèbre poétesse Marie de France (L’Espurgatoire Saint Patriz) et connaîtra au XIIIè siècle de nombreuses versions en latin ou en langues vulgaires.

 

Je me suis demandé ce que le Purgatoire de saint Patrick nous révélait sur la vision des gestes du Purgatoire par un moine de la fin du XIè siècle. Constituaient‑ils un élément remarquable du nouvel au‑delà? S’ils étaient notés, apparaissaient‑ils dans un pur désordre ou relevaient‑ils d’un sys­tème ? Pouvaient‑ils nous apprendre quelque chose sur le rôle du corps dans la conception chrétienne du destin humain ?

 

 

 

Le traité du moine de Saltrey rapporte l’aventure racontée par un chevalier irlandais, Owein, aventure qui prend place dans la genèse d’un pèlerinage, aujourd’hui encore vivant, au lieu dit Purgatoire de saint Patrick dans l’île du Lough Derg.

 

 

 

Selon ce récit, saint Patrick avait obtenu de Dieu, pour persuader les Irlandais incrédules, l’ouverture d’un accès à l’au‑delà dans un trou de cette île. Celui qui y descendait et y passait une nuit y subissait les peines du Purgatoire. S’il résistait aux diables qui le tourmentaient et le tentaient il revenait sur terre assuré d’aller au ciel lavé de ses péchés, car, convaincu et terrifié par son expérience, il s’empressait de faire pénitence et de mener désormais une vie exempte de péchés. Si, au contraire, il se laissait séduire par les démons, il ne revenait plus car ils l’avaient emporté en Enfer. Cette épreuve est une ordalie, un quitte ou double sur le salut éternel.

 

 

 

Owein a été averti qu’il doit résister aussi bien aux menaces qu’aux pro­messes des démons e4 s’il se sentait incapable de tenir jusqu’au bout il n’aurait qu’à invoquer ‑ mais seulement in extremis ‑ le nom de Jésus. Il traverse, entraîné par une cohorte de démons, une série de lieux où des hommes et des femmes subissent de la part de diables diverses tortures effrayantes. Au bout du voyage où, à chaque étape, il a échappé aux démons grâce à l’invocation du nom de Dieu, il évite d’être entraîné au fond du puits de l’Enfer où les démons l’ont jeté en prononçant le nom de Jésus, ce qui le fait ressortir du puits, franchit victorieusement un pont vertigineux, étroit et glissant et se trouve au Paradis terrestre d’où on lui montre la porte du Paradis céleste. Il doit prendre le chemin du retour qu’il parcourt, cette fois‑ci, sans danger e4 sorti du trou où il est descendu, se repent de ses péchés et se convertit à une vie pieuse.

 

 

 

Le Purgatoire décrit par le traité du moine de Saltrey est très proche de l’Enfer. C’est un enfer temporaire auquel finalement les âmes et les visiteurs échappent. Tout ce qui s’y passe, y compris les gestes qui y sont accomplis, vaut pour l’Enfer quoique sur le mode relativement mineur et surtout avec deux différences qui ne sont pas sans influence sur les gestes. Le Purgatoire est une succession de lieux dans le même plan, il est par­couru au cours d’une marche, non d’une ascension ou d’une descente. C’est un lieu ouvert dont on ne voit pas les frontières, dont on sort d’où on s’échappe. Mais dans ce texte, très influencé par sa source principale, l’Apocalypse de Paul, et chronologiquement situé, à la fin du XIIè siècle, à un moment où le système du Purgatoire n’est pas encore bien constitué, cer­tains gestes qui seront par la suite typiques du Purgatoire n’apparaissent pas ici. Ce sont les prières des morts qui y sont purgés, prières faites aux visiteurs pour que, de retour sur terre, ils alertent leurs proches qui peu­vent par les suffrages, raccourcir leur temps de Purgatoire, prières à Dieu car ils ont l’espoir d’aller au Paradis auquel ils sont théoriquement promis. Quand se développera, tardivement pas avant le XIVè siècle semble‑t‑il, une iconographie du Purgatoire, ce sera ce geste de la prière qui permettra de reconnaître les torturés du Purgatoire des damnés de l’Enfer, les flammes du feu temporaire de celles du feu éternel.

 

 

 

Les êtres qui bougent dans le Purgatorium Sancti Patricii appartiennent à deux catégories: les hommes et les démons. Parmi les hommes, il faut dis­tinguer les morts des deux sexes ‑ qui sont des âmes mais munies d’une sorte de corps qui leur permet de ressentir des souffrances matérielles ‑, torturés dans le Purgatoire, et le visiteur qui conserve son statut d’homme terrestre. Parmi les démons, il y a ceux qui accompagnent et qui tentent Owein, ceux qui torturent les punis du Purgatoire. Leur statut est identique, seule leur mission, leur fonction est différente.

 

 

 

Je note que les épreuves subies par la gent du Purgatoire et par Owein consistent en un ensemble étroitement lié de tortures des corps, de cris, clameurs, vociférations insupportables et d’odeurs fétides, de puanteurs insoutenables, en même temps que de spectacles terrifiants. C’est donc un système qui affecte le corps tout entier et toutes ses facultés. Quatre des cinq sens sont concernés : la vue, l’odorat l’ouïe, le toucher. Seul le goût en paraît exclu (pourquoi ?), mais pas tout à fait car, par exemple, un des sup­plices consiste à être immergé dans des cuves pleines de métaux en ébul­lition jusqu’aux sourcils, ou aux lèvres, ou au cou, ou à la poitrine, ou au nombril ou aux genoux, ou par un pied ou une main. Dans d’autres cas la langue sera transpercée et torturée. Je ne m’attarde pas à cet aspect du sys­tème du Purgatoire (ou de l’Enfer) mais il ne faut pas oublier que les gestes de l’au‑delà sont habituellement pris dans un ensemble plus large qui met en cause le corps humain.

 

 

 

Le système fondamental des gestes de ce Purgatoire est qu’il y a d’un côté des personnages qui manipulent les autres, qui leur imposent leurs gestes, et de l’autre des individus dont les gestes résultent de cette action à laquelle ils sont soumis. Il y a, au sens actif du mot des gesticuleurs et passivement, des gesticulés. Les premiers sont les démons, les seconds les hommes.

 

Owein, du point de vue des gestes, passe par trois phases. Au début et à la fin de son aventure, quand il est libre, ou plutôt quand il n’obéit qu’à la nature humaine, entre le péché originel, le libre arbitre et la grâce, il des­cend ‑ dans cette conception d’un Purgatoire souterrain ‑ puis il remonte.

 

 

 

Pendant toute la phase centrale, la plus longue, il traverse des lieux situés au même niveau.

 

Pendant toute cette épreuve il est essentiellement le jouet des démons qui l’escortent et l’attaquent. Il est traîné, entraîné, poussé, assailli. Mais comme il conserve son statut terrestre et résiste victorieusement aux démons, ses gestes sont rarement exprimés par un verbe passif (missus in ignem, introductus autem domum). Il est le plus souvent seulement le com­plément d’objet direct des gestes des démons (militem... proiecerunt, eum... torrerent, contraxerunt militem... eum traxerunt, te... ducentes, mili­tem trahentes, etc.). Toutefois, pendant les intermèdes où, ayant invoqué le nom de Jésus, il a retrouvé une relative indépendance, il poursuit son che­min en conservant une certaine autonomie, il sort, il vient il entre, il parvient dans un des lieux suivants du Purgatoire (pervenit, intravit, exivi, etc.). D’autre part les démons qui l’incitent à rebrousser chemin évoquent son éventuel retour avec des verbes qui expriment la liberté de gestes et de mouvement qu’il aurait alors (revertari, reverti volueris, etc.). Quand on indique qu’il reste debout immobile ‑ la station étant le plus ambigu, le plus polysémique des gestes corporels ‑, c’est lorsque la situation est la plus problématique pour lui. C’est quand il est auprès du puits de l’Enfer après en avoir été éjecté : il reste seul un moment auprès du puits (iuxta puteum solus aliquandiu stetit), il s’en écarte mais ne sait où aller (cumque se ab ore putei subtrahens stetisset ignoransque quo se verteret), et des démons inconnus sortis du puits lui demandent ce qu’il fait (quid ibi stas ?). Expression évidemment symbolique de sa situation (et de son choix) entre salut et damnation. En revanche, devant l’ultime épreuve, celle du pont à franchir, il retrouve l’initiative. Fort d’être devenu libre par l’intervention de Jésus qu’il a invoqué (cogitans... de quantis eum liberavit advocatus eius piissimus), il se met (prudemment) à avancer, il avance, il monte sur le pont il avance... (coepit pedetentim... incedere, incedebat, ascendit, incede­bat, securus... procedens). Ici ce sont en revanche les diables qui doivent s’arrêter (qui hucusque perduxerant, ulterius progredi non valentes, ad pedem pontis steterunt), et ils sont désormais impuissants à le manipuler (videntes eum libere transire).

 

 

 

Owein traverse successivement un pré noir, quatre champs, un lieu occupé par une immense roue de feu, une maison de bains, une montagne envi­ronnée par un grand vent et baignée par un fleuve glacial, un lieu vers lequel il descend et où se trouve le puits où l’on tombe en Enfer, le pont qui domine un fleuve de feu au‑dessous duquel se trouve l’Enfer. Tous ces lieux sont pleins d’hommes et de femmes torturés. Il ne m’importe pas ici que ces différents lieux qui constituent le Purgatoire soient l’addition des types d’en­droits infernaux imaginés depuis la plus haute Antiquité. Je ne retiens que l’absence d’inégalité d’altitude sauf aux abords du puits de l’Enfer vers lequel il faut descendre et sur le pont qui est dressé et sur lequel il faut mon­ter. Le plus intéressant me paraît être l’immensité des lieux traversés. La première région est «vasta ». Il la quitte par une vallée très large (per vallem latissimam). Le premier campus est très large et très long (latissimum et lon­gissimum) et à cause de sa très grande longueur, le chevalier ne peut en apercevoir le bout (linis autem illius campi prae nimia longitudine non potuit a milite videri). Le second champ s’étend aussi à l’infini et le cheva­lier le traverse comme le précédent en diagonale (in transversum enim, cam­pos pertran sivit). Si rien n’est dit sur les dimensions des deux champs suivants, la maison est d’une telle largeur et d’une telle longueur qu’Owein n’en voit pas non plus les extrémités (ut illius non potuisset ultima videre), le puits de l’Enfer en revanche ne s’élargit qu’au fur et à mesure de la chute d’Owein, tout comme le pont ne s’agrandit qu’au fur et à mesure qu’il y pro­gresse. L’immensité des éléments du Purgatoire peut certes provenir en par­tie de la volonté d’impressionner le héros et le lecteur (ou l’auditeur) mais j’y vois surtout les incertitudes de l’auteur sur la géographie du Purgatoire et son désir de laisser au voyageur une certaine latitude de gestes et de mou­vements dans ses espaces sans frontière visible.

 

 

 

Les torturés n’ont aucune initiative gestuelle. Ou bien ils sont dans des positions et des situations de passivité ou bien ils sont l’objet des gestes agressifs des démons.

 

Dans le premier cas, ils sont étendus par terre (in terra jacentibus, ventre ad terram verso illorum ventres, istorum dorsa terrae haerebant, in terra exten­debantur, in terram iacebant, etc.) ou suspendus (suspendebantur, pende­bant, pendentes, etc.), ou fixés, en général par des crocs et des clous (defixs, fixis,fixi, trasfixi, infixi etc.), ou encore plongés dans divers liquides (imersi, ubriusque sexus et aetatis mergebatur hominum multitudo, etc.).

 

Dans le second cas, ils gesticulent au passif ou sont les compléments d’objet des actions menées contre eux par les démons ou les monstres du Purgatoire (dragons, serpents, crapauds): inter eos et super eos discurere et caedere, super alios sedebant et quasi comedentes eos dentibus ignitis lacerabant, capita sua pectoribus miserorum imprimentes flagris eos cruciabant, flagris daemonum cruciabantur, cremabantur, urebantur, assabantur, eos immenerunt, etc. Quant aux démons ils sont d’une part libres de leurs mouvements et de l’autre agressent le chevalier et les punis du Purgatoire.

 

Pour exprimer leur liberté par exemple: irruere, egredientes, euntes venis­sent, discurrere, transcurrentes, transeuntes, pervenerunt, vertunt discur­rentes, procedentes, recedentes, currentes, approximantes, etc. Il y a comme on le voit une majorité de termes, indiquant un excès d’agitation, caracté­ristiques de la gesticulation diabolique.

 

 

 

Pour montrer leur agressivité : proiecerunt, traxerunt, torrerent, contraxe­runt, proiicere, praecipitaverunt se trahentes secum militem, etc., avec une majorité de gestes de traction et de jet.

 

Il faudrait relever, classer, compter, analyser de façon exhaustive ces termes exprimant des gestes. Je me contenterai d’indiquer ici que j’ai relevé dans les chapitres VI à XV du Purgatorium Sancti Patricii qui occupent les pages 160-­177 de l’édition Mall cent soixante‑six verbes ou expressions verbales expri­mant des gestes, mouvements ou postures: soixante‑seize ont pour sujet les démons, cinquante‑huit le chevalier Owein, trente‑deux les torturés du Purgatoire. Ces chiffres simples indiquent immédiatement une hiérarchie de la gesticulation: en tête les gesticuleurs, en position moyenne le gesticulé qui conserve une certaine indépendance, en queue les gesticulés entièrement passifs. Pour ces derniers les trente‑deux verbes de gestes et mouvements les concernant se décomposent en seize passifs, neuf quasi passifs (iacere, pen­dere, etc.), trois négatifs, trois « de conatu » exprimant un effort qui échoue.

 

En conclusion, je proposerai deux hypothèses provisoires confirmées par d’autres recherches de notre groupe. La première, c’est l’importance des notations de mouvement par rapport à un espace orienté. Les systèmes d’opposition spatiale privilégiés par le christianisme médiéval ‑ mais pas uniquement médiéval ‑ sont d’une part, le couple haut‑bas qui engendre le couple monter‑descendre et, d’autre part, le couple intérieur‑extérieur qui produit le couple entrer‑sortir qui peut devenir le trio entrer‑traverser­-sortir. Dans l’idéologie chrétienne médiévale les orientations valorisées sont celles du haut et de l’intérieur. L’idéal, le programme proposés au chrétien sont l’ascension et l’intériorisation. Ici l’espace du récit est celui de l’au‑delà, d’un nouvel au‑delà qui se place dans une perspective d’espoir et de renforcement des chances de salut à travers l’épreuve purgatoire, puni­tive et purificatrice. Les gestes sont ceux de la descente, du cheminement horizontal et de la remontée[2] . Par ailleurs, le mouvement recommandé doit être ici l’inverse du mouvement réalisé puisqu’il s’agit d’échapper à cet intérieur mauvais. Le bon processus est donc entrer‑traverser‑sortir.

 

Toute analyse d’un ensemble gestuel médiéval doit donc se situer dans ce contexte d’un espace orienté par l’attraction du haut et de l’intérieur.

 

 

 

La seconde hypothèse concerne la généralisation d’un système de person­nages affrontés par les gestes: des gesticuleurs et des gesticulés car il n’y a pas plus de personnage gesticulant isolé, de partenaires réels ou imagi­naires qu’il n’y a de geste séparé d’une structure gestuelle englobante. L’homme doit cesser d’être un gesticulé du démon pour devenir ou rede­venir un gesticuleur humain qui saura orienter sa gesticulation dans le triple bon sens du haut, de l’intérieur et du modéré ‑ troisième mot d’ordre de la morale chrétienne du geste. Ainsi l’homme pourra accomplir les gestes du grand retour, le redditus à Dieu.

 

Certes dans un texte comme le Purgatorium Sancti Patricii, la référence au système de gestes chrétien dominant est surdéterminée ‑ puisque C’est le salut même de l’homme qui est effectivement en jeu. Mais les gestes du Purgatoire ne sont que le miroir grossissant des gestes terrestres. Le che­valier Owein est bien ‑ comme l’homme de l’Occident chrétien médiéval ‑ un pécheur in via, un viator, qui gesticule dans un système gestuel où l’enjeu du geste est la vie (ou la mort) éternelle. »

 

 

 

( Jacques Le Goff, Les gestes du purgatoire, in Un autre Moyen Age pp 559 sq )

 

 

 

 

 


[1] J.‑CI. Schmitt «Le geste, la cathédrale et le roi», in L’Arc, numéro spécial sur Georges Duby, 72, 1978.

[2] On sait que Dante a choisi une autre solution du cheminement au Purgatoire. Le Purgatoire de La Divine Comédie est une montagne, le cheminement est une ascension : voir infra, La Naissance du Purgatoire, chap. 10, pp. 1175‑1202.

 

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