Φ Aristote [18] La mimésis imitation et le plaisir naturel pris aux images.

Publié le par Maltern

Φ Aristote [18] La mimésis imitation et le plaisir naturel pris aux images.

L'homme cet animal qui mime.


 

* L'amour naturel des hommes pour les images et l'imitation.

 

[La « mimèsis », - imitation - interroge à la fois la nature et la finalité de l'art. Dans ce texte fondateur il est à la fois question du créateur et du spectateur : la mimésis est à la fois tendance et plaisir, action et contemplation. Si la nature est au départ spontanéité, l'enfant n'est pas la vérité de l'homme et l'improvisation n'est que le point de départ de la composition.]

« L'art poétique dans son ensemble paraît devoir sa naissance à deux causes, toutes deux naturelles.

Dès l'enfance, les hommes ont, inscrites dans leur nature, à la fois une tendance à imiter (et l'homme se différencie des autres animaux parce qu'il est particulièrement enclin à imiter et qu'il a recours à l'imitation dans ses premiers apprentissages), et une tendance à éprouver du plaisir aux imitations. Nous en avons une preuve dans l'expérience pratique: nous avons plaisir à contempler les images les plus précises des choses dont la vue nous est pénible dans la réalité, par exemple les formes d'animaux parfaitement ignobles ou de cadavres; la raison en est qu'apprendre est un plaisir non seulement pour les philosophes, mais également pour les autres hommes (mais ce qu'il y a de commun entre eux sur ce point se limite à peu de chose); en effet si l'on aime à voir des images, c'est qu'en les regardant on apprend à connaître et on conclut ce qu'est chaque chose comme lorsqu'on dit : celui-là, c'est lui. Car si on n'a pas vu auparavant, ce n'est pas l'imitation qui procurera le plaisir, mais il viendra du fini dans l'exécution, de la couleur, ou d'une autre cause de ce genre.

Puisque nous avons une tendance naturelle à l'imitation, à la mélodie et au rythme (car il est évident que les mètres font partie des rythmes), ceux qui au départ avaient les meilleurs dispositions naturelles à cet égard firent peu à peu des progrès et donnèrent naissance à la poésie à partir de leurs improvisations. Puis la poésie se divisa selon le caractère de chacun: les auteurs graves imitaient des actions de qualité accomplies par des hommes de qualités, les auteurs plus légers celles d'hommes bas, en composant d'abord des blâmes, comme les autres composaient des hymnes et des éloges. »


[Aristote, Poétique, chap. IV, chap. 4, 1448 b 4-27 trad. R. Dupont‑Roc et J. Lallot, Le Seuil, 1980, p. 43 à 45.]



[Commentaire de Vergely : Platon a clairement mis en évidence que la beauté était liée à la forme modelant le sensible et donnant à penser à travers celui‑ci. Toutefois, en situant ainsi la beauté sur un plan intelligible, il en a fait quelque chose d'idéal ne conduisant pas à se réconcilier avec ce qui est, ni à avoir une attitude raisonnable. C'est la raison pour laquelle Aristote va corriger le platonisme. De Platon, il gardera l'idée que le beau est de l'ordre du modèle qui donne forme aux choses. Cependant, au lieu de situer ce modèle dans l'idéal, il le situera dans la nature, c'est‑à‑dire ce qui est, opérant ainsi une réconciliation harmonieuse avec ce qui existe, tout en développant une attitude raisonnable chez les hommes.

Cette approche harmonieuse de l'art visant à établir une continuité apaisée et apaisante entre l'homme et le monde, tout en permettant à la sensibilité de ce dernier de s'exprimer, a servi de base à toute l'esthétique classique. Au‑delà de cette dernière, elle est une des constantes de l'art, dont on attend quelque part « luxe, calme et volupté », pour reprendre les termes de Baudelaire. Toutefois, cet idéal sera contesté par les modernes, qui lui reprocheront son conformisme comme le fait que l'art ne saurait, sans se mentir à lui‑même, se réconcilier avec une réalité encore traversée par la violence.]


Publié dans 10 - L'art

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