M - Freud : Oedipe identification et ambivalence [Autrui L / ES]

Publié le par Maltern

 















Freud Sigmund 1856-1939

 T. 270 * La crise Oedipienne étape fondamentale de la structuration de la personne. Processus d'identification et ambivalence des sentiments.

 

« En ce qui concerne l'enfant de sexe mâle, le cas, réduit à sa plus simple expression, se présente ainsi; de bonne heure, l'enfant concentre sa libido sur sa mère, et cette concentration a pour point de départ le sein maternel et représente un cas typique de choix d'objet par contact intime; quant au père, l'enfant s'assure une emprise sur lui à la faveur de l'identification. Ces deux attitudes coexistent pendant quelque temps jusqu'à ce que les désirs sexuels à l'égard de la mère ayant subi un renfor­cement et l'enfant s'étant aperçu que le père constitue un obstacle à la réalisation de ces désirs, on voit naître le complexe d'Œdipe. L'identifica­tion avec le père devient alors un caractère d'hostilité, engendre le désir d'éliminer le père et de le remplacer auprès de la mère. A partir de ce moment, l'attitude à l'égard du père devient ambivalente; on dirait que l'ambivalence, qui était dès l'origine impliquée dans l'identification, devient manifeste. Cette ambivalence à l'égard du père et le penchant tout de tendresse qu'il éprouve pour l'objet libidinal que représente pour lui la mère forment pour le petit garçon les éléments du complexe d'Œdipe simple et positif.

Lors de la destruction du complexe d'Œdipe, l'enfant est obligé de renoncer à prendre la mère pour objet libidinal. Deux éventualités peuvent alors se produire : ou une identification avec la mère, ou un renforcement de l'identification avec le père. C'est cette dernière éventualité que nous considérons généralement comme normale ; elle permet à l'enfant de conserver, jusqu'à un certain degré, l'attitude de tendresse à l'égard de la mère. A la suite de la disparition du complexe d'Œdipe, la partie masculine du caractère du petit garçon se trouverait ainsi consolidée. De même, la petite fille peut être amenée, à la suite de la destruction du complexe d'Œdipe, à s'identifier avec la mère (et si cette identification existait déjà, elle subit un renforcement), ce qui a pour effet l'affermissement de la partie féminine de son caractère.

Ces identifications ne répondent pas du tout à notre attente, parce qu'elles ne consistent pas dans l'absorption par le Moi[1] de l'objet auquel on a renoncé; mais cette variété d'identification s'observe égale­ment; plus souvent, il est vrai, chez les petites filles que chez les petits garçons. On apprend souvent, au cours d'une analyse, que la petite fille, après avoir été obligée de renoncer au père, en tant qu'objet de penchant amoureux, érige sa masculinité en idéal et s'identifie, non avec la mère, mais avec le père, c'est à dire avec l'objet qui est perdu pour son amour. Cela dépend évidemment du degré de développement de ses propres dispo­sitions masculines, quelle que soit d'ailleurs leur nature.

Il semble donc que l'identification avec le père ou avec la mère, à la suite de la destruction du complexe d'Œdipe, dans les deux sexes, de la force relative des dispositions sexuelles chez l'un et chez l'autre. Tel est le premier aspect sous lequel la bisexualité se manifeste et intervient dans les destinées du complexe d Œdipe. Mais elle se manifeste encore. Sous un autre aspect, beaucoup plus significatif. On a notamment l'impression que le complexe d'Œdipe simple n'est pas celui qui s'observe le plus fré­quemment, mais qu'il correspond à une simplification et schématisation voulue qui, dans beaucoup de cas, trouve d'ailleurs sa justification dans des raisons d'ordre pratique. Une recherche plus approfondie permet le plus souvent de découvrir le complexe d Œdipe sous une forme plus complète, sous une forme double, à la fois positive et négative, en rap­port avec la bisexualité originelle de l'enfant : nous voulons dire par là que le petit garçon n'observe pas seulement une attitude ambivalente à l'égard du père et une attitude de tendresse libidinale à l'égard de la mère, mais qu'il se comporte en même temps comme une petite fille, en observant une attitude toute de tendresse féminine à l'égard du père et une attitude correspondante d'hostilité jalouse à l'égard de la mère. »

[Freud, Le Moi et le ça, 1923, in Essais de psychanalyse, Payot, 1963, pp. 200‑202.]

* Geluck, Le Chat et Le Docteur G. Casterman





 

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