Platon 04 VMC : Réminiscence : Apprendre c'est se ressouvenir [Ménon]

Publié le par Maltern

Platon 14 : Réminiscence : Apprendre c'est se ressouvenir [Ménon]

 

[Apprendre c'est se ressouvenir d'une vérité que l'âme a vue avant d'être incarnée : théorie de la réminiscence]

 

[Ménon- Socrate]


« M. Comment t'y prendras‑tu, Socrate, pour te mettre en quête d'une chose dont tu ne sais absolu­ment pas ce qu'elle est ? Parmi des choses que tu ne connais pas, laquelle choisiras‑tu pour en faire l'objet de ton enquête ? Lors même que par la chance la plus favorable tu tomberais dessus comment saurais‑tu que c'est ce que tu ne savais pas ?

‑ S. Je te vois venir Ménon. Il ne t'échappe pas à quel point il est éristique l'argument que tu débites là : on ne peut chercher ni ce qu'on sait, ni ce qu'on ne sait pas, on ne cherche pas ce qu'on sait, car on le sait et on n'a nul besoin de le chercher; on ne cherche pas ce qu'on ne sait pas, faute de savoir ce qu'on cherchera.

‑ M. N'es‑tu pas d'avis que c'est là un bon argument, Socrate ?

‑ S. A mes yeux, il n'est pas bon.

‑ M. Peux‑tu me dire en quoi ?

‑ S. Je le puis : j'ai ouï‑dire à des gens experts en choses divines, hommes et femmes

[...] ‑ M. Que disent‑ils ?

‑ S. Des choses vraies, et de valeur, à mon sens.

‑ M. Mais encore ? et qui sont‑ils ?

‑ S. Ce sont des prêtres et des prêtresses, soucieux de rendre raison de ce à quoi ils se consacrent; c'est également Pindare et maints poètes, gens divins. Voici ce qu'ils disent ; à toi de voir si, à ton avis c'est vrai. Ils disent que l'âme de l'homme est immortelle, que tantôt elle a un terme [ce qu'on appelle : mourir], et tantôt elle renaît, mais qu'elle n'est jamais anéantie ; et que c'est pour cela qu'il faut avoir une vie aussi pieuse que possible

[...] Ainsi, immortelle et maintes fois renaissante l'âme a tout vu, tant ici‑bas que dans l'Hadès, et il n'est rien qu'elle n'ait appris ; aussi n'y a‑t‑il rien d'étonnant à ce que, sur la vertu et sur le reste, elle soit capable de se ressouvenir de ce qu'elle a su antérieurement. Toute la nature étant de même souche, et l'âme ayant tout appris, rien ne s'oppose à ce que celui qui se ressouvient d'une seule chose [c'est précisément ce qu'on nomme : apprendre] retrouve toutes les autres, pour peu qu'il montre courage et ténacité dans sa recherche ; car chercher et apprendre sont au total réminiscence. Il ne faut donc pas se laisser persuader par cet argument éristique ; il nous rendrait paresseux, et il n'y a que les mous pour le trouver agréable ; le mien rend les gens actifs et les incite à chercher; c'est parce que j'ai foi en sa vérité que je veux chercher avec toi ce qu'est la vertu.

‑ M. Soit, Socrate, mais que veux‑tu dire en soutenant que nous n'apprenons pas et que ce que nous nommons apprendre, est réminiscence ? Peux‑tu m'enseigner comment il se fait qu'il en est ainsi ?

‑ S. Tu es plein de malice, Ménon, je te l'ai déjà dit; voilà maintenant que tu me demandes si je puis t'enseigner, moi qui prétends qu'il n'y a pas enseignement, mais réminis­cence, afin de me mettre d'emblée en évidente contra­diction avec moi‑même! ‑ M. Pardieu, Socrate, ce n'est pas cette intention, mais simplement l'habitude qui m'a amené à te tenir ce langage; mais si tu peux en quelque manière me montrer qu'il en est comme tu dis, montre‑le‑moi. ‑ S. Ce n'est pas facile; mais, pour toi, je consens à m'y employer.


[Ménon, 80d‑82a Trad Guillermit]


 

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