Platon 05 VMC - De la réminiscence à l'immortalité de l'âme [Phédon]

Publié le par Maltern

Platon 16 - De la réminiscence à l'immortalité de l'âme [Phédon]


[La réminiscence, reconnaissance du vrai dans le sensible, dans le temporel et le changement, présuppose l'immortalité de l'âme. [Phédon 72e-74e]


reconnaissance du vrai dans le sensible présuppose l'immortalité de l'âme. [Phédon 72e-74e]


 [Cébès, Simmias, Socrate]


C - Selon ton fameux argument habituel : s'instruire, ce n'est rien d'autre que se ressouvenir, il est sans doute nécessaire que nous ayons appris en un moment antérieur du temps ce dont nous nous ressouvenons présentement; ce qui serait impossible si notre âme n'existait pas quelque part avant d'en venir à prendre la forme humaine qu'elle a. Et de cette façon également il semble que l'âme soit immortelle.

Sim -    Mais dis moi, Cébès, quelles sont les preuves de cela ? Fais m'en souvenir, car pour le moment je ne me le rappelle pas bien.  

C - Il y a d'abord un excellent argument : les gens qu'on interroge, pourvu qu'on les interroge bien, trouvent d'eux-mêmes les bonnes réponses; ce qu'ils seraient hors d'état de faire s'ils ne se trouvaient déjà en possession du savoir et de la bonne réponse. Ensuite, si on les amène aux figures géométriques et aux autres moyens du même genre, on y trouve la preuve évidente de la réalité du fait.

Soc - Et si tu n'es pas convaincu, vois si tu seras d'accord en prenant la chose comme je vais te dire. Car tu doutes que ce qu'on nomme instruction puisse être réminiscence ?

Sim. - je n'en doute pas, [...] je n'en serais pas moins intéressé à entendre comment toi, tu as engagé l'argumentation.  

Soc - De la façon que voici : nous sommes bien d'accord que pour avoir ressouvenir de quelque chose, il faut auparavant l'avoir su ?   Sim. Tout à fait.   Soc. D'accord aussi qu'il y a ressouvenir quand l'acquisition de la connaissance se fait dans les conditions suivantes : quelqu'un a vu, ou entendu, ou perçu une chose par un sens quelconque, si, en plus de la connaissance qu'il en a pris, une autre chose lui est venue à l'esprit, [...] n'est on pas fondé à dire qu'il s'est ressouvenu de la chose qui lui est venue à l'esprit ?  

Sim - Que veux tu dire ?  

Soc - Par exemple : la connaissance d'un homme est différente de la connaissance d'une lyre ?  

Sim - Évidemment.  

Soc - Tu n'ignores pas l'expérience que font ceux qui aiment en voyant la lyre, le vêtement ou tout autre objet usuel de celui qu'ils aiment : ils perçoivent la lyre et il leur vient à l'esprit l'image de l'amant à qui elle appartient; c'est là un ressouvenir.

[...] Il se peut aussi qu'en voyant le portrait de Simmias, c'est de Simmias lui-même qu'on se ressouvienne ?  

Sim - Évidemment.  

Soc - Ainsi le ressouvenir peut se produire aussi bien à partir des choses dissemblables qu'à partir des choses semblables ?  

Sim - C'est un fait.  

Soc - Prenons le cas où le ressouvenir se fait à partir d'une chose semblable. N'est il pas nécessaire que nous soyons au surplus amenés à nous demander si oui ou non il manque quelque chose à l'objet donné dans sa ressemblance avec ce dont il a eu ressouvenir ?  

Sim - C'est nécessaire.  

Soc - Vois maintenant s'il en est bien comme je vais dire. Nous accordons, n'est ce pas, une réalité à l'égalité, je ne parle pas de celle qu'il peut y avoir entre un morceau de bois et un autre, une pierre et une autre, mais de quelque chose d'autre, qui se met à part de tous ces cas particuliers, je parle de l'Égalité en elle même. En affirmerons nous l'existence, oui ou non ?  

Sim - À coup sûr nous affirmerons son existence, sans aucun doute

[...] Soc. Convenons nous de ceci : lorsqu'en voyant quelque objet, on se fait la réflexion : « l'objet que je vois veut être tel que quelque chose d'autre, mais il reste en deçà, il n'est pas capable d'être tel, il demeure inférieur », pour pouvoir se faire ce genre de réflexion, ne faut il pas se trouver avoir vu auparavant cette réalité dont on dit que l'objet se rapproche, mais reste en deçà ?  

Sim - C'est nécessaire.  

Soc - Mais n'est ce pas précisément l'expérience que nous venons de faire à propos des choses égales et de l'égalité ?  

Sim - Tout à fait.  

Soc -  Il faut donc bien que nous ayons vu l'égalité dans un temps qui précède celui où, voyant pour la première fois les choses égales, il nous est venu à l'esprit qu'elles aspiraient à être telles que l'égalité, mais qu'elles demeuraient en deçà. »


[Phédon, 72e 74e]


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