Aristote 27 vmc : La justice en politique liberté, égalité et loi [Nico. L V]

Publié le par Maltern

Aristote 27 : La justice en politique liberté, égalité et loi [Nico. L V]

384-322 av. J.-C.

* La justice politique suppose des libres et des égaux jugés selon des lois et non selon des hommes. Qu'est-ce qu'un magistrat ?


« Il ne faut pas perdre de vue que ce que nous cherchons ici c'est non seulement le juste au sens absolu, mais aussi le juste politique. Le juste politique c'est celui qui règne entre des hommes dont la communauté de vie a pour but une existence autarcique, hommes qui sont libres et égaux, soit d'une égalité proportionnelle, soit d'une égalité arithmétique. En sorte que pour ceux chez qui ces conditions ne sont pas réalisées, il n'existe pas de justice politique réglant leurs rapports mutuels, mais seulement une sorte de justice prise en un sens métaphorique.


En effet, le juste suppose des gens dont les rapports sont réglés par la loi, et la loi suppose des gens chez qui l'injustice se peut trouver : car la justice légale [que rend un tribunal] est discernement du juste et de l'injuste. Partout où il y a injustice, il y a aussi des actes injustes [mais partout où des actes injustes sont commis, il n'y a pas forcément injustice ] ; et qu'est-ce qu'agir injustement ? C'est prendre pour soi une part excessive des choses qui sont en elles-mêmes des biens, et une part insuffisante des choses qui sont en elles-mêmes des maux.


Voilà pourquoi nous ne souffrons pas que ce soit un homme qui commande, mais nous voulons que ce soit la loi ; parce qu'un homme ne commande que dans son propre intérêt, et devient tyran.


Le magistrat, au contraire, est le gardien de la justice, et, s'il l'est de la justice, il l'est aussi de l'égalité. Or, s'il est juste, il est censé n'avoir rien de plus que sa part [car il ne s'attribue pas une part plus grande des choses qui sont en soi des biens, à moins que ce ne soit en proportion de son mérite. Aussi est-ce pour les autres qu'il travaille ; et c'est pour cette raison qu'on dit que la justice est « le bien d'autrui », ainsi qu'on l'a remarqué précédemment].


Il faut donc lui accorder un salaire, salaire en honneur et en considération. Quant à ceux à qui cela ne suffit pas, ce sont ceux qui deviennent des tyrans. »


[Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre V, chapitre 10, 1134a 25-b7.]


BP : Aristote [27]


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