Epictète 42 vmc : Etre libre c'est maîtriser ses émotions : l'Ataraxie [Manuel]

Publié le par Maltern

Epictète 40 : Etre libre c'est maîtriser ses émotions [l'Ataraxie]

50- ca 125 ap. J.-C.

* La liberté stoïcienne comme « ataraxie » l'absence de trouble. Maîtriser ce qui dépend de nous, nos évaluations, et accepter ce qui n'en dépend pas.


« Partage des choses : ce qui est à notre portée, ce qui est hors de notre portée. A notre portée le jugement, l'impulsion, le désir, l'aversion : en un mot, tout ce qui est notre œuvre propre ; hors de notre portée, le corps, l'avoir, la réputation, le pouvoir : en un mot, tout ce qui n'est pas notre oeuvre propre.

Et si ce qui est à notre portée est par nature libre, sans empêchement, sans entrave, ce qui est hors de notre portée est inversement faible, esclave, empêché, étranger.

Donc, rappelle toi : si tu estimes libre ce qui par nature est esclave, et propre ce qui est étranger, tu seras entravé, tu prendras le deuil, le trouble t'envahira, tu feras des reproches aux dieux comme aux hommes, mais si tu estimes tien cela seul qui est tien, étranger, comme il l'est en effet, ce qui est étranger, personne, jamais, ne te contraindra, personne ne t'empêchera, à personne tu ne feras de reproche, tu n'accuseras personne, jamais, non, jamais tu n'agiras contre ton gré, d'ennemi, tu n'en auras pas, personne ne te nuira, car rien de nuisible non plus ne t'affectera.

Donc, toi qui as de si hautes visées, rappelle toi : il ne faut pas modérer ton mouvement pour les atteindre, mais complètement laisser aller certaines choses, et pour l'heure en ajourner d'autres. Mais si avec ces biens tu veux encore le pouvoir et la richesse, d'abord tu n'obtiendras peut être pas même ceux ci, parce que tu vises aussi ceux là, et de toute façon il est sûr que tu manqueras les biens qui seuls donnent liberté et bonheur. Donc, applique toi à dire immédiatement à l'adresse de toute représentation pénible : « Tu es représentation, et non pas tout à fait le représenté. » Puis examine la, et mets la à l'épreuve des règles que tu détiens, surtout la première d'entre elles : concerne-t-elle ce qui est à notre portée ou ce qui est hors de notre portée ? Et si jamais elle concerne l'une des choses qui sont hors de notre portée, que la réponse soit à portée de main : « Ce n'est rien pour moi. »


Rappelle toi que la promesse du désir est d'atteindre l'objet du désir, la promesse de l'aversion, de ne pas rencontrer l'objet d'aversion, et que celui qui dans le désir manque l'atteinte n'est pas heureux, celui qui dans l'aversion fait la mauvaise rencontre est malheureux. Si donc tu as en aversion cela seul, entre les choses qui sont à ta portée, qui va contre la nature, tu ne rencontreras rien de ce que tu as en aversion ; inversement si tu as en aversion maladie, mort ou pauvreté, tu seras malheureux. Ôte donc l'aversion de toutes les choses qui sont hors de notre portée, et retourne la, parmi les choses qui sont à notre portée, vers ce qui va contre la nature.

Quant au désir, pour l'heure supprime le complètement ; si en effet tu désires l'une des choses qui sont hors de notre portée, il faut nécessairement que tu ne sois pas heureux, mais parmi celles qui sont à notre portée, toutes choses qu'il serait beau de désirer, aucune n'est présente encore. Fais usage des seules impulsion et répulsion, légèrement pourtant, avec réserve et sans contrainte.

Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les évaluations prononcées sur les choses : ainsi la mort n'est rien de terrible [car même à Socrate elle serait apparue terrible], mais l'évaluation prononcée sur la mort : qu'elle est terrible  voilà qui est terrible. Quand donc nous sommes entravés, ou troublés, ou affligés, n'en imputons jamais la faute à l'autre, mais à nous mêmes, c'est à dire à nos propres évaluations. C'est le fait d'un homme non formé que d'accuser les autres des malheurs dont il est lui-même l'auteur ; celui qui a commencé de se former s'accuse lui-même ; celui qui a achevé de se former n'accuse ni un autre ni lui-même.

[...] Ne cherche pas à faire que les événements arrivent comme tu veux, mais veuille les événements comme ils arrivent, et le cours de ta vie sera heureux.

[...] Ne dis jamais de rien : « Je l'ai perdu » mais : « Je l'ai rendu. » Ton enfant est mort ? Il a été rendu. Ta femme est morte ? Elle a été rendue. « On m'a pris mon domaine. » Alors lui aussi a été rendu. « Mais celui qui me l'a pris est méchant. » Quelle importance pour toi, par qui te l'a réclamé celui qui te l'avait donné ? Tant qu'il te le permet, prends en soin comme d'un domaine étranger, comme ceux qui y passent font d'une hôtellerie. »


[Épictète, Manuel [I, II, V, VIII, XI], in [Arrien], Manuel d'Épictète, trad. E. Cattin, GF Flammarion, 1997, p. 63 68.]


BP : Epictète [01]

 

 

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