Montaigne 51 vmc : Puissance de l'imagination : la raison du philosophe vaincue par le vertige [Essais, II,12]

Publié le par Maltern

Montaigne 51 : Puissance de l'imagination : la raison du philosophe vaincue par le vertige [Essais, II,12]

1533-1592

* Quelle est la leçon du vertige ? La raison vaincue par l'imagination...



« Qu'on loge un philosophe dans une cage de menus filets de fer clairsemés, qui soit suspendue au haut des tours Notre Dame de Paris, il verra par raison évidente qu'il est impossible qu'il en tombe, et si ne se saurait garder (s'il n'a accoutumé le métier des recouvreurs) que la vue de cette hauteur extrême ne l'épouvante et ne le transisse.

Car nous avons assez affaire de nous assurer aux galeries qui sont en nos clochers, si elles sont façonnées à jour, encore qu'elles soient de pierre. Il y en a qui n'en peuvent pas seulement supporter la pensée. Qu'on jette une poutre entre ces deux tours, d'une grosseur telle qu'il nous la faut â nous promener dessus, il n'y a sagesse philosophique de si grande fermeté qui puisse nous donner courage d'y marcher comme nous ferions si elle était à terre.

J'ai souvent essayé cela en nos montagnes de deçà (et si suis de ceux qui ne s'effraient que médiocrement de telles choses) que je ne pouvais souffrir la vue de cette profondeur infinie sans horreur et tremblement de jarrets et de cuisses, encore qu'il s'en fallût bien ma longueur que je ne fusse du tout au bord, et n'eusse su choir si je ne me fusse porté à escient au danger. »


[Montaigne, Essais, 1580,1588,1589. II, XII].


 

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