Hobbes 55 vmc : Mécanisme : de l'Homme machine à l'Etat machine [Léviathan]

Publié le par Maltern

Hobbes 53 : Mécanisme : de l'Homme machine à l'Etat machine [Léviathan]

1588-1679 [1651]

 

* L'Etat fonctionne comme une machine : la métaphore du corps de l'Etat : de l'homme machine à l'état machine.

[Hobbes, rigoureusement matérialiste refuse toute cause autre que mécanique, contrairement à Aristote. Le corps humain peut donc être conçu comme un automate. L'homme imite Dieu en fabriquant des automates vivants, mais allant plus loin fabrique, - c'est le moment du contrat, - une république qui est un « homme artificiel » et nait de la nécessité d'assurer la sécurité de cet « homme naturel. » Le cœur principe du mouvement et du fonctionnement et le souverain, est immortel : l'Etat est immortel. La métaphore reste donc une métaphore, mais on peut concevoir l'Etat comme une machine qui fonctionne et non comme le fruit d'une sociabilité naturelle.]


« La nature, qui est l'art pratiqué par Dieu pour fabri­quer le monde et le gouverner, est imitée par l'art de l'homme, qui peut, ici comme en beaucoup d'autres domaines, fabriquer un animal artificiel. Puisqu'en effet la vie n'est qu'un mouvement des membres, dont l'ori­gine est dans quelque partie interne, pourquoi ne pour­rait-on dire que tous les automates (ces machines mues par des ressorts et des roues comme dans une montre) ont une vie artificielle ? Car, qu'est-ce que le cœur, sinon un ressort, les nerfs, sinon autant de courroies et les articulations autant de roues, toutes choses qui, selon l'intention de l'artisan, impriment le mouvement à tout le corps ? Mais l'art va plus loin en imitant l'œuvre raisonnable et la plus excel­lente de la nature : l'homme. C'est l'art, en effet, qui crée ce grand LEVIATHAN, appelé RÉPUBLIQUE ou ÉTAT (CIVITAS en latin) qui n'est autre chose qu'un homme artificiel, quoique de stature et de force plus grandes que celles de l'homme naturel, pour la défense et la protection duquel il a été conçu. En lui, la souveraineté est une âme artificielle, car elle donne vie et mouvement au corps tout entier ; les magistrats et les autres officiers judiciaires et d'exécution sont des articulationschâtiment par où la souveraineté, attachant à son ser­vice chaque articulation et chaque membre, met ceux-ci en mouvement pour accomplir leur devoir, sont les nerfs, tout comme cela se produit dans le corps naturel ; l'opu­lence et la richesse de tous les membres particuliers, sont la force ; la salus populi (sécurité du peuple) est son affaire ; les conseillers, qui suggèrent les choses qu'il lui est utile de savoir, sont la mémoire ; l'équité et les lois sont une raison et une volonté artificielles ; la concorde est sa santé, la sédition sa maladie et la guerre civile sa mort. Enfin, les pactes et conven­tions à partir desquels les parties de ce corps politique ont été originairement fabriquées, mises ensemble et réunies, sont pareils au fiat ou à ce faisons l'homme que Dieu pro­nonça lors de la création. » artificielles ; la récompense et le


[Thomas Hobbes, Léviathan, ou la matière, la forme et la puissance d'un Etat ecclesiastique et civil, 1651, trad. Mairet, Folio 2000, Introduction, p. 63-64.]

BP Hobbes [02]


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