Bossuet 80 vmc : La Providence divine détermine et donne son sens à l'histoire [Disc. Histoire Universelle]

Publié le par Maltern

Bossuet 80 : La Providence divine détermine et donne son sens à l'histoire [Disc. Histoire Universelle]

1627-1704 [1681]

* Faut-il chercher le sens de l'histoire dans la volonté des hommes ou dans celle d'un Dieu ? Comment la Providence divine agit et quelles leçons tirer de l'histoire.


« CHAPITRE PREMIER : Les révolutions des empires sont réglées par la Providence et servent à humilier les princes.

[...] [La] la suite des empires, qu'il faut maintenant vous remettre devant le yeux, n'est guère moins profitable, je ne dirai pas seulement aux grands princes comme vous, mais encore aux particuliers qui contemplent dans ces grands objets le secrets de la divine Providence.

Premièrement, ces empires ont, pour la plupart, une liaison nécessaire avec l'histoire du peuple de Dieu [les juifs]. Dieu s'est servi des Assyriens et des Babyloniens pour châtier ce peuple ; des Perses pour le rétablir, d'Alexandre et de ses premiers successeurs pour le protéger ; d'Antiochus l'Illustre et de ses successeurs pour l'exercer ; des Romains, pour soutenir sa liberté contre les rois de Syrie, qui ne songeaient qu'à le détruire. Les juifs ont duré jusqu'à Jésus Christ sous la puissance des mêmes Romains. Quand ils l'ont méconnu et crucifié, ces mêmes Romains ont prêté leurs mains, sans y penser, à la vengeance divine, et ont exterminé ce peuple ingrat.

Dieu, qui avait résolu de rassembler dans le même temps le peuple nouveau [les chrétiens], de toutes les nations, a premièrement réuni les terres et les mers sous ce même empire. Le commerce de tant de peuples divers, autrefois étrangers les uns aux autres, et, depuis, réunis sous la domination romaine a été un des plus puissants moyens dont la Providence se soit servie pour donner cours à l'Evangile. Si le même empire romain a persécuté pendant trois cents ans ce peuple nouveau qui naissait de tous côtés dans son enceinte, cette persécution a confirmé l'Eglise chrétienne, et a fait éclater sa gloire avec sa foi et sa patience. Enfin l'empire romain a cédé ; et ayant trouvé quelque chose de plus invincible que lui, il a reçu paisiblement dans son sein cette Eglise à laquelle il avait fait une si longue et si cruelle guerre. Les empereurs ont employé leur pouvoir à faire obéir l'Eglise ; et Rome a été le chef de l'empire spirituel que Jésus Christ a voulu étendre par toute la terre.

[...] Les jugements de Dieu sur le plus grand de tous les empires de ce monde, c'est à dire sur l'empire romain, ne nous ont pas été cachés. Vous les venez d'apprendre de la bouche de Jean. Rome a senti la main de Dieu, et a été comme les autres un exemple de sa justice. Mais son sort était plus heureux que celui des autres villes. Purgée par ses désastres des restes de l'idolâtrie, elle ne subsiste plus que par le christianisme qu'elle annonce à tout l'univers.

[...] Dieu donc qui avait dessein de se servir des divers empires, ou pour châtier, ou pour exercer, ou pour étendre, ou pour protéger son peuple, voulant se faire connaître pour l'auteur d'un si admirable conseil, en a découvert le secret à ses prophètes, et leur a fait prédire ce qu'il avait résolu d'exécuter.[...] Dieu ne déclare pas tous les jours ses volontés par ses prophètes, touchant les monarchies ou les rois qu'il élève ou qu'il détruit. Mais l'ayant fait tant de fois dans ces grands empires dont nous venons de parler, il nous montre par ces exemples fameux ce qu'il fait dans tous les autres ; et il apprend aux rois ces deux vérités fondamentales : premièrement que c'est lui qui forme les royaumes pour les donner à qui il lui plaît et secondement qu'il sait les faire servir dans les temps et dans l'ordre qu'il a résolu aux desseins qu'il a sur son peuple. [...] Mais cette suite des empires, même à les considérer plus humainement, a de grandes utilités, principalement pour les princes ; puisque l'arrogance, compagne ordinaire d'une condition si éminente, est si fortement rabattue par ce spectacle. Car si les hommes apprennent à se modérer en voyant mourir les rois, combien plus seront-ils frappés en voyant mourir les royaumes mêmes ; et où peut on recevoir une plus belle leçon de vanité des grandeurs humaines ? [...] Ce fracas effroyable vous fait sentir qu'il n'y a rien de solide parmi les hommes, et que l'inconstance est le propre partage des choses humaines. »

[Bossuet, Discours sur l'histoire universelle, 1681, GF Flammarion, 1966, p. 349 353.]

BP Bossuet [02]


 

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