Leibniz 89 vmc : Critique de l’empirisme : la fiction de la « tabula rasa » [N. E. Ent. Hum.] 1646-1716 [1705] * Limites de l’empirisme la fiction de la « tabula rasa » [Leibniz s’en prend

Publié le par Maltern

Leibniz 89 : Critique de l'empirisme : la fiction de la « tabula rasa » [N. E. Ent. Hum.]

1646-1716 [1705]

* Limites de l'empirisme la fiction de la « tabula rasa »

[Leibniz s'en prend à l'image de la tabula rasa comme à une fiction simpliste. L'expérience permet à l'esprit d'éveiller les facultés et principes qui sont virtuellement innés dans notre esprit. Les Nouveaux Essais, se présentent sous forme d'un dialogue : Théophile/Leibniz, Philalèthe/Locke à qui il répond.].


« Théophile - Cette tabula rasa dont on parle tant n'est à mon avis qu'une fiction que la nature ne souffre point et qui n'est fondée que dans les notions incomplètes des philosophes, comme le vide, les atomes et le repos ou absolu ou respectif des deux parties d'un tout entre elles, ou comme la matière première qu'on conçoit sans aucunes formes. Les choses uniformes, et qui ne renferment aucune variété, ne sont jamais que des abstractions, comme le temps, l'espace et les autres êtres des mathématiques pures. Il n'y a point de corps dont les parties soient en repos, et il n'y a point de substance qui n'ait de quoi se distinguer de toute autre. Les âmes humaines diffèrent non seulement des autres âmes, mais encore entre elles, quoique la différence ne soit point de la nature de celles qu'on appelle spécifiques.

[...] On me répondra peut-être que cette table rase des philosophes veut dire que l'âme n'a naturellement et originairement que des facultés nues. Mais les facultés sans quelque acte, en un mot les pures puissances de l'École, ne sont aussi que des fictions, que la nature ne connaît point, et qu'on n'obtient qu'en faisant des abstractions. Car où trouvera-t-on jamais dans le monde une faculté qui se renferme dans la seule puissance sans exercer acte ? Il y a toujours une disposition particulière à l'action et à une action plutôt qu'à l'autre.

Et outre la disposition il y a une tendance à l'action, dont même il y a toujours une infinité à la fois dans chaque sujet: et ces tendances ne sont jamais sans quelque effet.

L'expérience est nécessaire, je l'avoue, afin que l'âme soit déterminée à telles ou telles pensées, et afin qu'elle prenne garde aux idées qui sont en nous; mais le moyen que l'expérience et les sens puissent donner des idées ? L'âme a-t-elle des fenêtres, ressemble-t-elle à des tablettes ? Est-elle comme de la cire ? Il est visible que tous ceux qui pensent ainsi de l'âme la rendent corporelle dans le fond. On m'opposera cet axiome reçu parmi les philosophes, que rien n'est dans l'âme qui ne vienne des sens. Mais il faut excepter l'âme même et ses affections. Nihil est in intellectu, quod non fuerit in sensu, excipe : nisi ipse intellectus. Or l'âme renferme l'être, la substance, l'un, le même, la cause, la perception, le raisonnement, et quantité d'autres notions, que les sens ne sauraient donner. »

[Leibniz, Nouveaux Essais sur l'entendement humain, 1705, Livre II, chap. 1, § 2,GF 66, pp. 87-88]

BP : Leibniz [01]


 

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