John Locke 83 vmc : Empirisme : l'esprit est une feuille blanche [Ess. Ent. Humain.]

Publié le par Maltern

John Locke 83 : Empirisme : l'esprit est une feuille blanche [Ess. Ent. Humain.]

1632-1704 [1690]

* Empirisme : Toute connaissance provient de l'expérience et de la réflexion : l'esprit « white paper » [tabula rasa]

[Locke réfute la nécessité des idées innées cartésiennes. Les idées ne relèvent que de l'expérience et de la réflexion qui travaille sur les données de l'expérience. On peut donc considérer l'esprit comme un « white paper » traduction qu'il donne à l'expression « tabula rasa », tablette vierge de signes.]


« § 2. Supposons que l'esprit soit, comme on dit, du papier blanc, vierge de tout caractère, sans aucune idée. Comment se fait-il qu'il en soit pourvu ?

D'où tire-t-il cet immense fonds que l'imagination affairée et limitée de l'homme dessine en lui avec une variété presque infinie ? D'où puise-t-il ce qui fait le matériau de la raison et de la connaissance ? Je répondrai d'un seul mot : de l'expérience; en elle, toute notre connaissance se fonde et trouve en dernière instance sa source; c'est l'observation appliquée soit aux objets sensibles externes, soit aux opérations internes de l'esprit, perçues et sur lesquelles nous-mêmes réfléchissons, qui fournit à l'entendement tout le matériau de la pensée. Telles sont les deux sources de la connaissance, dont jaillissent toutes les idées que nous avons ou que nous pouvons naturellement avoir.

§ 3. Premièrement, nos sens, tournés vers les objets sensibles singuliers, font entrer dans l'esprit maintes perceptions distinctes des choses, en fonction des diverses voies par lesquelles ces objets les affectent. Ainsi recevons-nous les idées de jaune, de blanc, de chaud, de froid, de mou, de dur, d'amer, de sucré, et toutes celles que nous appelons qualités sensibles. Et quand je dis que les sens font entrer dans l'esprit ces idées, je veux dire qu'ils font entrer, depuis les objets externes jusqu'à l'esprit, ce qui y produit ces perceptions.

[...] § 4. Deuxièmement, l'autre source d'où l'expérience tire de quoi garnir l'entendement d'idées, c'est la perception interne des opérations de l'esprit lui-même tandis qu'il s'applique aux idées acquises. Quand l'âme vient à réfléchir sur ces opérations, à les considérer, celles-ci garnissent l'entendement d'un autre ensemble d'idées qu'on n'aurait pu tirer des choses extérieures, telles que percevoir, penser, douter, croire, raisonner, connaître, vouloir, et l'ensemble des actions différentes de notre esprit; comme nous sommes conscients de ces actions et que nous les observons en nous-mêmes, nous en recevons dans l'entendement des idées aussi distinctes que les idées reçues des corps qui affectent nos sens.

Cette source d'idées, chacun l'a entièrement en lui; et bien qu'elle ne soit pas un sens, puisqu'elle n'a pas affaire aux objets extérieurs, elle s'en approche beaucoup et le nom de « sens interne » semble assez approprié. Mais comme j'appelle l'autre source sensation, j'appellerai celle-ci RÉFLEXION, les idées qu'elle fournit n'étant que celles que l'esprit obtient par réflexion sur ses propres opérations internes. »


[John Locke, Essai sur l'entendement humain, 1690, Livre II, chap.1, Vrin, 2001, pp. 164-165]

BP : Locke [01]


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