Aristote 22 vmc : Ontologie : l'être en puissance et l'être en acte [Méta, Δ, et Κ]

Publié le par Maltern

Aristote 22 : Ontologie : l'être en puissance et l'être en acte [Méta, Δ, et Κ]

384-322 av. J.-C. p

 

[Aristote, Métaphysique, Livre Delta, 2, 1013 a 24]

BP : Aristote [11]

« On appelle puissance < dunamis>; le principe du mouvement ou du changement, qui est dans un autre être, ou dans le même être en tant qu'autre. Par exemple, l'art de bâtir est une puissance qui ne réside pas dans la chose construite ; au contraire, l'art de guérir, qui est une puissance, peut se trouver dans l'homme guéri, mais non en tant que guéri. Puissance signifie donc le principe, en général, du changement ou du mouvement, dans un autre être, ou dans le même être en tant qu'autre. - C'est aussi la faculté d'être changé ou mû par un autre être, ou par soi-même en tant qu'autre, et d'après laquelle le patient subit une modification : tantôt nous disons que le patient a le pouvoir de recevoir une modification quelconque, tantôt qu'il ne peut pas éprouver toute espèce de modification, mais seulement dans le sens du meilleur. - Puissance se dit encore de la faculté de mener quelque chose à bonne fin, ou de l'accomplir librement ; car parfois nous disons de ceux qui seulement marchent ou parlent, mais qui ne le font pas bien ou ne le font pas comme ils le veulent, qu'ils n'ont pas la faculté de parler ou de marcher. - Il en est de même de la puissance passive. - De plus, tous les états suivant lesquels les choses sont absolument impassibles, ou inchangeables, ou ne peuvent que malaisément changer dans le sens du pire, sont appelés des puissances : quand les choses sont, en effet, brisées, broyées, courbées, en un mot détruites, ce n'est en vertu d'un pouvoir, mais bien par impuissance et par un manque e quelque chose ; et les choses ont impassibles à l'égard de modifications de cette nature, quand elles ne peuvent en être affectées qu'avec peine et légèrement, en raison de leur puissance, de leur pouvoir, de leur comportement. »


[Aristote, Métaphysique D, 12, 1019a, 15-33, Traduction Tricot, Paris 1970, tome 1, pp. 283-285]


« Parlons de l'acte < energeia > ; définissons ce qu'est l'acte, et de quelle sorte de chose il est. Cette analyse nous mettra en mesure de montrer en même temps avec clarté que puissant ne s'entend pas seulement de ce qui a la propriété naturelle de mouvoir une autre chose, ou d'être mû par une autre chose, soit mouvement proprement dit, soi mouvement de telle sorte, mais qu'il présente encore un autre sens, sens qui est l'objet véritable de la recherche au cours de laquelle nous avons discuté aussi ces précédentes significations. - L'acte, donc, est le fait pour une chose d'exister en réalité et non de la façon dont nous disons qu'elle existe en puissance, quand nous disons, par exemple, qu'Hermès est en puissance dans le bois, ou la demi-ligne dans la ligne entière parce qu'elle en pourrait être tirée ; ou quand nous appelons savant en puissance celui qui même ne spécule pas, s'il a la faculté de spéculer : eh bien ! L'autre façon d'exister est l'existence en acte. La notion d'acte que nous proposons peut être élucidée par l'induction, à l'aide d'exemples particuliers, sans qu'on doive chercher à tout définir, mais en se contentant d'apercevoir l'analogie : l'acte sera alors comme l'être qui bâtit est à l'être qui a la faculté de bâtir, l'être éveillé à l'être qui dort, l'être qui voit à celui qui a les yeux fermés mais possède la vue, ce qui a été séparé de la matière à la matière, ce qui est élaboré à ce qui n'est pas élaboré. Donnons le nom d'acte au premier membre de ses diverses relations, l'autre membre, c'est la puissance. Mais toutes les choses qui ne sont pas dites en acte de la même manière, mais seulement par analogie, comme quand nous disons : de même que telle chose est dans telle chose, ou relativement à cette chose, telle autre chose est dans telle autre chose, ou relativement à cette autre chose. En effet, l'acte est pris, tantôt comme le mouvement relativement à la puissance, tantôt comme la substance relativement à quelque matière. »


[Aristote, Métaphysique K, 6, 1048a, 25-1048b, 9, Traduction Tricot, Paris 1970, tome 2, pp. 498-500]


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