Kant 121 vmc : Le temps forme a priori de la sensibilité interne [C.R. Pure]

Publié le par Maltern

Kant 121 : Le temps forme a priori de la sensibilité interne [C.R. Pure]

1724-1804 [1781 et 1787]

 
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Le temps n’est pas une chose ou dans les choses, il est forme a priori de notre sensibilité et la condition formelle de tous les phénomènes en général. Si l’on fait abstraction de toute matière sensible de nos intuitions, - de toute sensations, - il subsiste la forme de ces intuitions : l’espace et le temps. Elles sont formes a priori de la sensibilité puisqu’elles conditionnent nécessairement toute intuition. L’espace est forme des phénomènes extérieurs, le temps la forme du sens interne, de l’intuition que nous avons de notre état intérieur.]

« a. Le temps n’est pas quelque chose qui existe en soi, ou qui soit inhé­rent aux choses comme une détermination objective, et qui, par consé­quent, subsiste, si l’on fait abstraction de toutes les conditions subjec­tives de leur intuition ; dans le premier cas, en effet, il faudrait qu’il fût quelque chose qui existât réellement sans objet réel. Mais dans le second cas, en qualité de détermination ou d’ordre inhérent aux choses elles-mêmes, il ne pourrait être donné avant les objets comme leur condition, ni être connu et intuitionné a priori par des propositions synthétiques ; ce qui devient facile, au contraire, si le temps n’est que la condition sub­jective sous laquelle peuvent trouver place en nous toutes les intuitions. Alors, en effet, cette forme de l’intuition intérieure peut être représen­tée comme les objets et, par suite, a priori.

b. Le temps n’est autre chose que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur. En effet, le temps ne peut pas être une détermination des phénomènes extérieurs, il n’appartient ni à une figure, ni à une position, etc. ; au contraire, il détermine le rapport des représentations dans notre état interne. Et, pré­cisément parce que cette intuition intérieure ne fournit aucune figure, nous cherchons à suppléer à ce défaut par des analogies et nous repré­sentons la suite du temps par une ligne qui se prolonge à l’infini et dont les diverses parties constituent une série qui n’a qu’une dimension, et nous concluons des propriétés de cette ligne à toutes les propriétés du temps, avec cette seule exception que les parties de la première sont simultanées, tandis que celles du second sont toujours successives. Il res­sort clairement de là que la représentation du temps lui-même est une intuition, puisque tous ses rapports peuvent être exprimés par une intui­tion extérieure.

c. Le temps est la condition formelle a priori de tous les phénomènes en général. L’espace, en tant que forme pure de l’intuition extérieure, est limité, comme condition a priori, simplement aux phénomènes externes. Au contraire, comme toutes les représentations, qu’elles puissent avoir ou non pour objets des choses extérieures, appartiennent, pourtant, en elles-mêmes, en qualité de déterminations de l’esprit <des Gemüth>, à l’état interne, et, comme cet état interne est toujours soumis à la condi­tion formelle de l’intuition intérieure et que, par suite, il appartient au temps, le temps est une condition a priori de tous les phénomènes en général, et, à la vérité, la condition immédiate des phénomènes inté­rieurs (de notre âme), et, par là même, la condition médiate des phéno­mènes extérieurs. Si je puis dire a priori que tous les phénomènes exté­rieurs sont déterminés a priori dans l’espace et d’après les rapports de l’espace, alors je puis dire d’une manière tout à fait générale, en partant du principe du sens interne, que tous les phénomènes en général, c’est-à­-dire tous les objets des sens, sont dans le temps et qu’ils sont nécessai­rement soumis aux rapports du temps. »

 

Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Trémesaygues Pacaud PUF 1944 pp 63-64]

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