Kant 123 vmc : Critique de l’argument ontologique [C.R. Pure]

Publié le par Maltern

Kant 123 : Critique de l’argument ontologique [C.R. Pure]

1724-1804 [1781 et 1787]

 

 [Critique de l’argument ontologique : prouver Dieu à partir de son concept est invalide, - comme il en est tous les raisonnements de la métaphysique : le passage de la logique à l’existence est invalide. « Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles… »]

 

« Etre n’est évidemment pas un prédicat réel, c’est-à-dire un concept de quelque chose qui puisse s’ajouter au concept d’une chose. C’est sim­plement la position d’une chose ou de certaines déterminations en soi. Dans l’usage logique, ce n’est que la copule d’un jugement.

Cette pro­position : Dieu est tout-puissant, renferme deux concepts qui ont leurs objets : Dieu et toute-puissance ; le petit mot est n’est pas du tout encore par lui-même un prédicat, c’est seulement ce qui met le prédicat en rela­tion avec le sujet.

Or, si je prends le sujet (Dieu) avec tout ses prédicats (dont la toute-puissance fait aussi partie) et que je dise : Dieu est, ou il est un Dieu, je n’ajoute aucun nouveau prédicat au concept de Dieu, mais je ne fais que poser le sujet en lui-même avec tous ses prédicats, et en même temps, il est vrai, l’objet qui correspond à mon concept. Tous deux doivent exactement renfermer la même chose et, par conséquent, rien de plus ne peut s’ajouter au concept qui exprime simplement la possibilité, par le simple fait que je conçois (par l’expression : il est) l’objet de ce concept comme donné absolument.

Et ainsi, le réel ne contient rien de plus que le simple possible. Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers possibles.

Car, comme les thalers possibles expri­ment le concept et les thalers réels, l’objet et sa position en lui-même, au cas où celui-ci contiendrait plus que celui-là, mon concept n’exprimerait pas l’objet tout entier et, par conséquent, il n’en serait pas, non plus, le concept adéquat. Mais je suis plus riche avec cent thalers réels qu’avec leur simple concept (c’est-à-dire qu’avec leur possibilité).

Dans la réa­lité, en effet, l’objet n’est pas simplement contenu analytiquement dans mon concept, mais il s’ajoute synthétiquement à mon concept (qui est une détermination de mon état), sans que, par cette existence en dehors de mon concept, ces cent thalers conçus soient le moins du monde augmentés. »

 

 [Emmanuel Kant, Critique de la Raison Pure, Trémesaygues-Pacaud PUF, 44, pp 429]


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