Kant 126 vmc : Crit. de l’empirisme : ni nécessité ni universalité dans l’expérience[Intr. 2nde Ed.]

Publié le par Maltern

Kant 126 : Crit. de l’empirisme : ni nécessité ni universalité dans l’expérience[Intr. 2nde Ed.]

1724-1804 [1787]

 

[Les jugements et concepts dotés d’universalité ne peuvent que provenir d’un pouvoir de connaître a priori, indépendant de l’expérience.]

 

« L’expérience nous apprend bien que quelque chose est de telle ou telle manière, mais non point que cela ne peut être autrement.

Si donc, PREMIÈREMENT, on trouve une proposition dont la pensée implique la nécessité, on a un jugement a priori; si cette proposition n’est, en outre, dérivée d’aucune autre qui vaut elle-même, à son tour, à titre de proposition nécessaire, elle est absolument a priori.

SECONDEMENT, l’expérience ne donne jamais à ses jugements une véritable et stricte universalité, mais seulement une universalité supposée et relative (par inductions), qui n’a pas d’autre sens que celui-ci : nos observations, pour nombreuses qu’elles aient été jusqu’ici, n’ont jamais trouvé d’exception à telle ou telle règle.

Par conséquent, un jugement pensé avec une stricte universalité, c’est-à-dire de telle sorte qu’aucune exception n’est admise comme possible, ne dérive point de l’expérience, mais est valable absolument a priori. L’universalité empirique n’est donc qu’une élévation arbitraire de la valeur; on fait d’une règle valable dans la plupart des cas une loi qui s’applique à tous, comme, par exemple, dans la proposition : Tous les corps sont pesants. Quand, au contraire, un jugement possède essentiellement une stricte universalité, on connaît à cela qu’il provient d’une source particulière de la connaissance, d’un pouvoir de connaissance a priori. Nécessité et stricte universalité sont donc les marques sûres d’une connaissance a priori et elles sont indissolublement unies l’une à l’autre.

[...] Si l’on veut un exemple pris dans les sciences, on n’a qu’à parcourir des yeux toutes les propositions de la mathématique; si on en veut un tiré de l’usage le plus ordinaire de l’entendement, on peut prendre la proposition : Tout changement doit avoir une cause.

Qui plus est, dans cette dernière, le concept même d’une cause renferme manifestement le concept d’une liaison nécessaire avec un effet et celui de la stricte universalité de la règle, si bien que ce concept de cause serait entièrement perdu, si on devait le dériver, comme le fait HUME, d’une association fréquente de ce qui arrive avec ce qui précède et d’une habitude qui en résulte (d’une nécessité, par conséquent, simplement subjective) de lier des représentations.

On pourrait aussi, sans qu’il fût besoin de pareils exemples pour prouver la réalité des principes purs a priori dans notre connaissance, montrer que ces principes sont indispensables pour que l’expérience même soit possible, et en expose, par suite, la nécessité a priori. D’où l’expérience, en effet, pourrait-elle tirer sa certitude, si toutes les règles, suivant lesquelles elle procède, n’étaient jamais qu’empiriques, et par là même contingentes ? Il serait difficile à cause de cela de donner à ces règles la valeur de premiers principes. »

 

[Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, Introduction 2nde édition, 1787, trad. A. Tremesaygues et B. Pacaud, PUF, 1971, pp. 32-34.]


Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article