Kant 145 vmc : Le légal : nécessité objective, le moral : devoir intérieur [M. M. D. Droit.]

Publié le par Maltern

Kant 145 : Le légal : nécessité objective, le moral : devoir intérieur [M. M. D. Droit.]

1724-1804 [1796]

 
[Comment s’opère la distinction du légal et du moral ? De nos droits juridiques et de nos devoirs de personne ? Cela revient à se demander comment s’analysent les rapports de la morale et du droit. L’une et l’autre prescrivent quelque chose à l’homme et pèsent ainsi sur l’usage qu’il fait de sa liberté. Ainsi on peut les rapprocher puisque qu’ils énoncent l’une comme l’autre une législation. Mais ensuite il faut les distinguer puisque le droit ne s’applique qu’à nos actions, qui doivent être extérieurement conformes à la loi, la morale au contraire commande de mettre la loi au principe même de notre volonté, c’est à dire d agir par devoir.]

 

« Toute législation comprend deux parties (qu’elle prescrive des actes internes[1] ou externes et en ce qui touche ces derniers qu’elle prescrive soit a priori par la simple raison ou par l’arbitre[2] d’autrui) : premièrement : une loi, qui représente comme objectivement nécessaire l’action qui doit être accomplie, c’est‑à‑dire qui fait de l’action un devoir; et deuxièmement un mobile qui rattache subjectivement à la représentation de la loi le principe de détermination de l’arbitre à cette action; la seconde partie revient donc à ce que la loi fasse du devoir un mobile[3]. Par la première par conséquent l’action est représentée comme devoir et c’est là une simple connaissance théorique de la détermination possible de l’arbitre, c’est‑à‑dire de la règle pratique [4]. Par la seconde l’obligation d’agir d’une certaine manière est liée dans le sujet avec un principe de détermination de l’arbitre en général.

Chaque législation par conséquent (même si au point de vue de l’ac­tion, qu’elle transforme en devoir, elle s’accorde avec une autre, par exemple, les actions peuvent dans tous les cas être extérieures) peut donc être diffé­rente en ce qui concerne le mobile. La législation qui fait d’une action un devoir et en même temps de ce devoir un mobile, est une législation éthique. En revanche la législation qui n’intègre pas le mobile à la loi et qui par consé­quent admet un autre mobile que l’Idée du devoir elle‑même est juridique.

Au sujet de cette dernière législation on voit facilement que ces mobiles dif­férents de l’Idée du devoir doivent être tirés des principes pathologiques[5] de détermination de l’arbitre, les penchants et les aversions, et plutôt parmi ces dernières, car ce doit être une législation qui contraigne et non un appât qui attire.

On appelle la simple conformité ou non‑conformité d’une action avec la loi, abstraction faite des mobiles de celle‑ci, légalité et, en revanche, mora­lité (éthique) la conformité en laquelle l’Idée du devoir selon la loi est en même temps le mobile de l’action.

Les devoirs qui découlent de la législation juridique ne peuvent être que des devoirs extérieurs[6], car cette législation n’exige pas que l’Idée de ce devoir qui est intérieure, soit par elle‑même principe de détermination de l’arbitre du sujet agissant et, comme elle a besoin de mobiles appropriés aux lois, elle ne peut lui rattacher que des mobiles extérieurs. La législation morale, au contraire, fait aussi des actions intérieures des devoirs sans exclure les actions extérieures et s’applique à tout ce qui est devoir en général. »



[1] Les «actes internes» sont ici les mouvements de la volonté (de l'«arbitre»), lorsque celle‑ci se donne une maxime, c'est‑à‑dire une règle, qui guidera l'action.

[2] La faculté de choisir.

[3] Ce qui, en moi, me pousse à agir d'une certaine façon.

[4] Une règle pratique est une règle pour l'action, c'est‑à‑dire pour l'usage de la liberté dans l'action.

[5] Le terme ne désigne pas, comme dans son acception actuelle la plus courante, ce qui relève de la maladie, mais ce qui témoigne d'une passivité.

[6] Définis par la conformité de l'action que j'accomplis à une règle.

 


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